Un chirurgien dentiste adresse à notre consultation mademoiselle G. Aude, 24 ans « pour un problème d’ATM… Vous remarquerez un inversé d’articulé entre 13 et 43 ». La patiente décrit des épisodes douloureux de blocage de l’ATM gauche depuis janvier 2012, en particulier lors de baillements. La patiente a reçu un coup de poing sur cette ATM en février sans que cela déclenche le blocage. Un traitement ODF a été fait il y 7 ans suivi de l’extraction sous anesthésie générales des dents de sagesse; sans complication particulière. La position de sommeil est ventrale et la patiente est hyperlaxe (craquements vertébraux et des jambes; elle pratique le grand écart) mais paradoxalement pas au niveau des doigts. L’examen de la motilité mandibulaire ne met en évidence aucun ressaut ni bruit articulaire. L’amplitude d’ouverture est de 40 mm. Mais la patiente nous dit que c’est seulement si elle force l’ouverture (au delà des 40 mm) qu’elle provoque le blocage et la douleur à gauche. Elle nous informe aussi qu’elle sait, par un mouvement mandibulaire difficile et douloureux, retrouver sa position habituelle de fermeture. Nous lui demandons d’exécuter cette manoeuvre et observons en fait une luxation mandibulaire unilatérale gauche. La patiente peine, par ses mouvements, à remettre le condyle dans la cavité glénoïde.

Nous lui montrons que les choses deviennent simples  et non douloureuses en pratiquant la manoeuvre de Nélaton unilatéralement, abaissant la mandibule du coté gauche par appui du pouce sur les faces occlusales molaires. La patiente, soulagée de voir que son problème est facile à résoudre en cas de blocage, nous apprend qu’elle a du aussi apprendre ce type de manoeuvre pour son genou droit lui aussi sujet à blocage par hyperlaxité.

Notre intervention, une fois posé le diagnostic de luxation mandibulaire par hyperlaxité, a donc consisté à prodiguer des conseils comportementaux: contrôle du baillement par la main, rééducation de la position de sommeil en position dorsale, manoeuvre de Nélaton en cas de luxation mandibulaire.

L’inversé d’articulé canin droit signalé par le correspondant est-il corrélé avec la luxation gauche? Faut-il prendre en compte les observations épidémiologiques faites sur ce point par Seligman et Pullinger, ou par Slavicek?