Madame D. Sylvie, est une patiente de 48 ans, assistante maternelle, qui a souffert brutalement de céphalées très fortes en mars 2012. Son médecin consulté n’a pu la soulager malgré des antalgiques. Un ORL ne détecte aucun problème particulier. Elle consulte alors son chirurgien dentiste qui l’adresse a un étiopathe qui lui « remet des vertèbres cervicales déplacées et la mâchoire », le 18 avril. Les céphalées ont cessé quasiment immédiatement mais la patiente note alors l’apparition de douleurs faciales bilatérales décrites comme permanentes (nuit et jour) et fortes. L’étiopathe ayant déménagé, elle consulte un ostéopathe qui ne peut rien améliorer. Le chirurgien dentiste reconsulté fin mai nous adresse la patiente en précisant : « La radio panoramique que je vous joins n’a pas permis de déceler quoi que ce soit de particulier. L’occlusion ne me semble toutefois pas optimale, avec les édentements de 17 et 26 qui n’ont pas été compensés ». Effectivement la radio panoramique n’apporte pas d’information particulière et hormis ses douleurs faciales la patiente ne se plaint d’aucun signe ou symptôme de l’appareil manducateur lui-même, à peine une « gêne pour manger ». L’entretien clinique n’apporte que peu d’informations : pas de traitement ODF, pas d’extractions sous AG, pas de limitation d’ouverture, pas de traumatisme cranio-cervico-facial, pas d’excès de laxité…Les seuls points défavorables que nous notons sont une position ventrale de sommeil et un niveau de stress assez élevé, la patiente et son mari, présent à la consultation, rapportant des épisodes de bruxisme nocturne à ce stress. Il faut aussi faire état des problèmes rachidiens anciens (L5-S1) avec cruralgies et sciatiques récidiventes qui l’ont faite hospitaliser il y a 2 ans. Elle est actuellement traitée par morphine pour ces cruralgies.

L’examen clinique met en évidence une discrète asymétrie faciale. L’ouverture se fait sans déviation (40mm) ni difficulté particulière. Les mouvements latéraux sont de 7 mm. La mandibule est crispée mais permet une manipulation douce. L’OIM se fait en bout à bout latéralisé tandis que l’ORC approchée (du jour) s’établit nettement en arrière et décalée vers la gauche.

Après la prise des photos la patiente, à qui l’on a demandé de maintenir doucement cette position d’ORC, nous dit qu’elle a perçu une sorte de soulagement dans cette position. Et effectivement, reprenant la manipulation, nous trouvons une mandibule de plus en plus détendue avec un recul de plus en plus marqué.

Nous posons l’hypothèse diagnostique d’une atteinte musculaire liée à un désordre occlusal: la position mandibulaire d’OIM (liée au serrement consécutif au stresse et douleurs) ne pourrait-elle pas être responsable de contractures des muscles masticateurs? Nous nous interrogeons aussi sur la relation qui pourrait exister entre la position mandibulaire d’OIM et les douleurs faciales, les céphalées, les « déplacements vertébraux », les désordres L5-S1. Nous nous posons bien entendu la question inverse de savoir si les désordres occlusaux pourraient être des conséquences des problèmes rachidiens.

La mise en place d’une orthèse dans la position de détente musculaire permettrait-elle de répondre à ces questions? Ce cas vous inspire-t-il d’autres propositions ou hypothèses diagnostiques ? Rencontrez-vous souvent ce type de cas ? Comment les prenez-vous en charge ?