L’onychophagie est l’acte de se ronger les ongles. Dans son expression minimale, l’onychophagie correspond à l’utilité de régulariser l’extrémité des ongles. Cependant cette activité hygiénique s’exagère pour certains individus et devient une activité compulsive, non maîtrisable, aboutissant à la détérioration plus ou moins grave de l’extrémité des doigts ainsi que de l’éponychium. L’onychophagie s’étend souvent à la peau qui avoisine l’ongle.

La pratique de l’onychophagie nécessite le plus souvent l’établissement de conditions occlusales particulières destinées à couper ou rogner les ongles ou les peaux avoisinantes. Ces conditions occlusales sont répétitives et peuvent être exploitées plusieurs heures par jour dans les cas extrêmes. Pour créer le ciseau inter-dentaire antérieur (les canines sont très utilisées mais aussi les incisives), la mandibule est en général placée dans une position latérale par rapport à l’OIM.

Cette position de bout à bout latéralisé permet d’exercer le cisaillement attendu en provoquant une contraction asymétrique des muscles élévateurs. Elle aboutit de plus à un porte à faux articulaire qui peut, à cause des efforts musculaires effectués, contribuer à un déplacement des structures intra-articulaires. Si le patient onychophag, de surcroit est hyperlaxe, il y a tout lieu de penser que sa parafonction peut fragiliser une ou l’autre de ses ATMs, voire les deux.

L’observation des ongles des patients souffrant de DAM est donc utile (lors de l’entretien clinique) pour inclure ce facteur au moment du diagnostic.

Lors de l’examen clinique l’investigation pourra être poussée plus loin en demandant au patient de mimer sa parafonction: il est prié de faire comme s’il se rongeait les ongles (ou les peaux). Pendant qu’il fait cet exercice le praticien palpe les ATMs pour percevoir d’éventuels mouvements ou contraintes qui s’y dérouleraient. Il est parfaitement possible de répéter l’opération en palpant les muscles impliqués dans le maintien de la position de cisaillement des ongles pour percevoir d’éventuelles contractions des faisceaux musculaires mis en tension.

On peut alors impliquer ou non la parafonction, et la situation occlusale qu’elle créé, dans l’entretien de désordres articulaires et/ou musculaires.

Par facilité, on dira que l’onychophagie est à l’origine de la parafonction occlusale et que c’est par une intervention psychologique qu’on aura quelques chances de modifier le DAM qui en résulte. Comme s’il n’existait pas d’autres moyens de faire cesser l’onychophagie. Mais il ne serait sans doute pas inutile de fouiller un peut plus les situations occlusales des patients onychophages: occlusions inversées liées à des asymétries cranio-faciales, décalages OIM-ORC… dans des enquêtes multicentriques bien conduites.

Par ailleurs chaque praticien a entendu un certain nombre de ses patients lui dire que depuis telle ou telle prothèse, ou depuis tel ou tel soin, il ne peut plus ronger ses ongles et qu’il s’est défait de cette habitude désagréable.

Nous pensons, en présence de DAM lié à la parafonction occlusale permettant l’onychophagie, qu’il est souhaitable de rendre mécaniquement impossible le grignotage des ongles ou des peaux. Pour soulager les structures musculo-squettiques de la mandibule. A cet égard, toute modification occlusale transitoire, (orthèse, collages, prothèses amovibles provisoires) qui empêcherait le patient de ronger ses ongles, nous apparaît comme l’approche la plus simple et la plus efficace. Pour un chirurgien dentiste qui souhaite exercer son métier de thérapeute.