Le sujet peut paraître provocateur mais il ne l’est pas, tant il est évident que la sexualité orale n’est pas une part négligeable des attributions de l’appareil manducateur. Bien sûr on trouvera toujours quelques esprits chagrins pour laisser entendre que le sujet ne souffre pas de particularités qui nécessitent un post spécifique. Ils ont tort et c’est parce qu’il n’écoutent pas et ne regardent pas leurs jeunes patient(e)s avec l’acuité qu’un soignant devrait avoir. En fait les termes du titre de ce post pourrait aussi être inversés.

– La fellation peut dans certains conditions aboutir à fragiliser l’appareil manducateur. On se souvient d’OGUS et TOLLER dans leur ouvrage « L’articulation temporo-mandibulaire »(1984) citant WIKE (1976) dans  « Temporomandibular articular pain » attirant l’attention sur « un syndrome articulaire facial et douloureux principal (mais souvent non reconnu) que présentent surtout (mais pas exclusivement) des jeunes femmes adolescentes ou adultes ». Cet auteur « pense que c’est dû au soir précédent où elles sont restées, pendant de longues périodes en position d’oscultation intra-orale, une forme courante de jeux sexuels ». Et il est vrai, quand un jeune couple consulte parce que la jeune femme souffre d’un désordre ATM, qu’on sent parfois passer un ange quand on demande ce qui a déclenché les difficultés articulaires. Une seule fois j’ai eu en réponse une allusion à peine voilée laissant entendre qu’effectivement une certaine pratique de sexualité orale pouvait être envisagée. Et peut être ai je obtenu cette confidence parce que je suis une femme. J’imagine difficilement une jeune patiente dire à un praticien homme: « oui, c’est après une fellation un peu longue que j’ai senti que mon articulation avait souffert ».

– Mais il faut aussi prendre le problème dans l’autre sens: il y a des DAMs d’origines diverses qui provoquent une limitation d’ouverture buccale et qui inquiètent des individus ou des couples quant à leur aptitude à donner ou recevoir du plaisir. Le souci est légitime mais difficilement exprimable à un(e) étranger(e) fut-il médecin ou dentiste. Là encore en écoutant bien les silences il est souvent observable que les sujets confrontés à ces difficultés sont réellement inquiets. Mais comme ils sont souvent jeunes ils redoutent d’aborder directement la question. N’imaginez pas que mes jeunes patientes m’aient un jour demandé: « dites moi Docteur est ce que je pourrai encore ouvrir suffisamment la bouche pour faire des fellations »?

Il n’est donc pas question de poser des questions brutales à nos jeunes patient(e)s. Non par peur de les traumatiser. Mais parce que les DAMs étant multifactoriels il serait ridicule et contreproductif d’imputer à la seule pratique de la fellation l’origine du DAM. Et, comme il est difficile de prédire le gain d’amplitude d’ouverture buccale en fonction du délai et des thérapeutiques mises en oeuvre, des engagements de sédation à court terme risqueraient, eux aussi d’être nocifs. Il nous semble plus efficace de ne pas envisager explicitement la fellation comme cofacteur de DAM ou comme handicap consécutif au DAM. Par contre, lorsque l’on explique les conseils comportementaux en tant que protecteurs des articulations (position de sommeil, coté de mastication, contrôle du baillement…) il faut insister sur le fait que nous attendons une véritable mise au repos des ATMs: « pas de gros sandwich, ne pas croquer dans une pomme, ne pas faire d’effort en bouche ouverte… » C’est là que l’ange peut repasser et qu’on laisse voir, silencieusement, qu’on a bien perçu toute l’importance de la plainte.