Penser l’occlusion c’est penser la position mandibulaire et donc les comportements mandibulaires. Nous proposons de faire l’inventaire des comportements mandibulaires et de les classer en fonction de catégories comparables à celles  habituellement retenues pour évoquer les comportements généraux; puis de les croiser avec les situations occluso-temporo-mandibulaires décrites et étudiées en occlusodontologie.

 « La façon dont nous utilisons notre anatomie -nos comportements- donne une signification fonctionnelle à l’anatomie. L’anatomie en retour, et c’est un élément de l’évaluation fonctionnelle, facilite ou empêche certains comportements…Dans de nombreuses situations, les conditions occlusales…facilitent, imposent ou empêchent certains comportements musculo-articulaires ». Claude Valentin

Un comportement est l’expression motrice finale de processus psychobiologiques endogènes. Un comportement n’est donc pas une maladie. Mais un comportement peut être sous-tendu par des processus pathologiques. Dans ce cas il est l’expression de la maladie. Par exemple, le tremblement parkinsonien de la mandibule n’est pas pathologique en lui-même mais la conséquence de la dégénérescence des neurones nigro-striés qui elle est pathologique. On peut, de la même façon envisager les grincements dentaires nocturnes qui accompagnent le bruxisme et qui aboutissent à la destruction des dents par abrasion. Le bruxisme est à comprendre dans le cadre d’une maladie du mouvement qui touche un grand nombre de muscles striés étudiés en laboratoire du sommeil. Pour autant, le comportement mandibulaire bruxomane n’est pas actuellement considéré comme consécutif à une atteinte pathologique comme c’est le cas pour le tremblement dans la maladie de Parkinson. On pourrait aussi multiplier les exemples de comportements mandibulaires liés à des facteurs psychologiques particuliers. Tout nous laisse à penser qu’une observation fine des conditions occluso-mandibulaires, à la recherche de processus pathologiques minimes, non perceptibles ni détectables sans investigation clinique poussée, permet  la mise en évidence de comportements mandibulaires particuliers. A coté des grands signes bien documentés explorant la motilité mandibulaire, il y a une foule de petits indices révélant le jeu de bien des muscles peauciers de la face ou du crâne, ou mettant en avant des altérations du fonctionnement lingual, ou l’incapacité de détendre les muscles masticateurs, ou des évitements: ils doivent être relevés pour comprendre les comportements mandibulaires et conduire à un diagnostic. L’observation des comportements mandibulaires, est un élément capital du diagnostic des différentes dysfonctions de l’appareil manducateur. Inversement l’occlusion et les désordres ATMs sont des indicateurs des comportements mandibulaires.

 Classification des comportements mandibulaires. Distinguons les quatre niveaux classiques des processus aboutissant aux comportements : les pathologies neurales, les dysévolutions fonctionnelles, l’apprentissage inadéquat, les choix délibérés. Bien entendu le gradient de difficulté de prise en charge (du plus vers le moins) va des pathologies neurales jusqu’aux choix délibérés qui sont pratiquement les seuls accessibles dans le cadre de nos prises en charges.

1 – Les pathologies neurales qui affectent le comportement mandibulaire sont avant tout des maladies neurodégénératives : maladie de Parkinson, maladie d’Alzheimer, la maladie de Charcot (dont l’observation de l’atteinte mandibulaire pourrait être un moyen de dépistage précoce)… On pourrait aussi envisager de classer dans ces maladies la dépression nerveuse qui, sans être une pathologie neurale directe, doit malgré tout être considérée comme en relation avec des altérations de la chimie du cerveau. Sous cet aspect, l’examen du comportement mandibulaire des patients déprimés est riche d’enseignements.

2- Les dysévolutions fonctionnelles sont très nombreuses au niveau de la mandibule. Elles consistent en une foule d’impossibilités ou d’évitement qui passent très souvent inaperçus pour le patient comme les praticiens. Il s’agit aussi de contractions musculaires inadaptées, inconscientes, parfois très ténues et difficiles à mettre en évidence, sachant que c’est l’inconfort spontanément décrit par le patient, ou au contraire les difficultés fonctionnelles les plus simples, qui permettent de les dépister. On peut évoquer les difficultés d’élocution, les tics et habitudes nocives, la déglutition atypique, les défauts d’oculomotricité et les désordres posturaux…Bien entendu les défauts de ventilation, avec les conséquences qu’ils engendrent au niveau de la croissance faciale font partie de cette catégorie..

3- L’apprentissage inadéquat. La déglutition atypique peut aussi être incluse dans cette catégorie si elle peut être mise en relation avec un défaut d’allaitement maternel, ou l’utilisation abusive de tétines. Figurent également dans ce cadre les défauts d’alimentation dure au moment de l’établissement de l’occlusion.

4- Les choix délibérés. En général ils sont pris en compte dès l’entretien clinique: habitudes posturales de travail, de sommeil, de pratique sportive ou musicale…L’utilisation de chewing gum, ou les régimes alimentaires particuliers rentrent aussi dans ce cadre.

 Nous proposons de classer l’ensemble des comportements mandibulaires selon les quatre catégories utilisées en médecine générale: adéquat, inadéquat, dysadéquat ou pathologique.

Comportements correspondants aux fonctions de l’appareil manducateur     Comportements ne correspondant pas aux fonctions de l’appareil manducateur  
Comportements qui ne portent pas atteinte à l’intégrité de l’appareil manducateur ADEQUAT INADEQUAT
Comportements qui portent atteinte à l’intégrité de l’appareil manducateur DYSADEQUAT PATHOLOGIQUE

Par exemple l’onychophagie est un comportement qui ne correspond pas à une fonction de l’appareil manducateur  mais ne lui porte pas atteinte: c’est donc un comportement inadéquat. La boulimie quant à elle porte atteinte à l’intégrité de l’appareil manducateur: on parlera de comportement dysadéquat.

 Comportements mandibulaires et facteurs occluso-temporo-mandibulaires

L’analyse des comportements mandibulaires suppose que les observations réalisées permettent de se rapporter à un inventaire des comportements. Notre proposition ci dessous n’est sans doute pas exhaustive mais elle représente la plus grande partie des situations observables en pratique clinique quotidienne. Par ailleurs il faut mettre ces comportements en relation avec d’éventuels facteurs occlusaux et/ou temporo-mandibulaires.

L’occlusodontologie consiste précisément en cette analyse.

 

 

Comportements mandibulaires (à compléter)

respiration buccale

mastication unilatérale alternée

– déglutition dents serrées

– déglutition langue interposée

– mastication unilatérale

– mastication bilatérale simultanée,

– mastication avec langue interposée,

– contraction prolongée ou permanente des élévateurs (clenching)

– habitudes labiales ou incisives particulières (préhension, support…)

– régime alimentaire particulier (sandwich, alimentation molle, sodas…)

– posture mandibulaire diurne sous contrainte (travail, téléphone…)

– calage postural d’effort ou de précision (sport, travail)

– parafonctions d’éveil

– abus du chewing gum

– posture mandibulaire nocturne sous contrainte (position de sommeil)

– chant

– pratique musicale; en distinguant les instruments à vent et ceux qui imposent une posture mandibulaire particulière

– réponse au stress

– évitements occlusaux

– évitements muqueux

– adaptation à la luxation discale

– salves de ressauts musculaires produits volontairement par patient

– ressauts articulaires produits volontairement par patient

– contractions musculaires en contradiction avec les fonctions mandibulaires attendues

– bascule sur un point d’appui unique en bouche

– onychophagie,

– tics,

– tremblement mandibulaire (Parkinson, dépression…)

– incoordination mandibulaire (maladie de Charcot, dépression)

– grincement nocturne (bruxisme)

– boulimie, anorexie, reflux gastro-oesophagien

– etc…

 

Facteurs occlusaux (à compléter)

– édentements non compensés

– édentements compensés et soins

– déplacements dentaires par ODF

– usure dentaire

– égressions

– surplomb- béance

surplomb canin unilatéral

– occlusion inversée correspondant au cadre facial

– occlusion inversée ne correspondant pas au cadre facial

– occlusion inversée latérale

– occlusion inversée antérieure

– inocclusions latérales

– centrage

– calage

– guidage

– OIM et ORC correspondantes

– OIM et ORC décalées

– prématurités

– interférences

– dérapage en propulsion

– dérapage latéral

– contacts instables en ORC

– contacts instables en OIM et ORC

-etc…

 

Facteurs musculo-squelettiques (à compléter)

– asymétrie cranio-faciale

– conditions musculaires locales (volumes, symétries, chronologies…)

– conditions articulaires (coaptation des pièces articulaires, laxité…)

– pathologies musculaires loco-régionales

– pathologies articulaires des ATMs