Madame M. Audrey, 27 ans, est adressée par un ostéopathe pour des douleurs du cou et de la nuque qu’elle fait remonter à quelques années auparavant (2005) à la suite d’un surdosage de Primpéran (prescrit pour des problèmes gastriques) qui aurait entraîné une brutale ptose mandibulaire et une incapacité à maintenir la tête verticale.  Les choses s’étaient améliorées en quelques jours mais deux semaines après des contractures seraient apparues dans les trapèzes et ont fait l’objet de soins par kinésithérapie et acupuncture. Des difficultés existent cycliquement  depuis cette époque.

En janvier 2010 sont apparus des craquements de l’ATM droite, suivis un mois après d’une brutale limitation d’ouverture buccale de l’ordre de 15 mm. Lors d’un effort de baillement un craquement douloureux a aggravé la situation. L’ostéopathe consulté à cette époque a amélioré transitoirement les douleurs et l’amplitude d’ouverture buccale (environ 25-30mm). Mais tous les deux mois les difficultés conduisent la patiente chez l’ostéopathe pour chercher un soulagement à des douleurs qu’elle signale dans la zone des masséters et lors de la mastication devenue très difficile.

La patiente, qui se dit stressée, dort en partie en position ventrale. Elle porte des semelles orthopédique depuis 5 ans. Aucun trauma sur le crâne ou la face n’est rapporté.

Le diagramme de Farrar met en évidence une ouverture limitée à 30mm, défléchie vers la droite de 3 mm. Les mouvements latéraux sont limités à 3 mm de chaque coté. La palpation des condyles lors des mouvements mandibulaires ne met en évidence aucun ressaut articulaire.  La mandibule est à peine décontractée mais sa manipulation nous permet de noter une différence entre OIM et ORC. La patiente nous dit porter depuis plus d’un an une orthèse orale fabriquée par son compagnon prothésiste dentaire. Cette gouttière, mandibulaire, est assez peu stable sur l’arcade et d’autre part elle est réglée en OIM. Nous privilégions une hypothèse diagnostique de DAM avec implication des muscles masticateurs.

Dans un premier temps, pour tester cette hypothèse,  nous modifions  l’orthèse en la stabilisant et en la réglant en ORC approchée.

La patiente est revue 8 jours plus tard. Aucune amélioration n’est notée bien que la décontraction mandibulaire soit augmentée (ouverture à 35mm).  Le réglage de la gouttière fait en ORC du jour lors de sa modification initiale n’est plus adapté: nous équilibrons l’orthèse.

Revue à nouveau après 2 semaines la patiente est effondrée et en arrêt de travail (institutrice) car elle « ne peut plus parler devant les enfants » tant sa limitation d’ouverture buccale (stable à 35mm) la pénalise. La patiente pleure et se décrit un avenir catastrophique. Les réglages en ORC sur la gouttière sont stables. La patiente impute l’aggravation de son cas à la gouttière occlusale et ne veut plus la porter.

Tout laisse à penser qu’effectivement l’occlusion n’est pas le facteur déclenchant de la situation. La fragilité psychologique de cette enseignante est flagrante; est-elle en cause dans les difficultés musculaires? Nous évoquons tranquillement cette hypothèse en faisant observer à quel point la patiente signale elle même sa façon de se faire déborder par ses émotions. Nous l’incitons à imaginer des moyens pour mieux contrôler ses émotions ou à s’informer auprès de son médecin des moyens de le faire. Immédiatement la patiente revient à son occlusion. Et désormais, à chaque fois que nous nous écarterons de ses dents elle reviendra très fermement proposer d’autres façon d’impliquer l’occlusion dans ses troubles. Elle tient catégoriquement à ce que l’occlusion soit la cause de tout. Doit-on y voir une façon d’impliquer le conjoint prothésiste dans ses soucis?  Nous expliquons que, selon nous, l’occlusion n’est pas la cause de ses difficultés mandibulaires et cervico-faciales. Nous lui proposons de faire un courrier dans ce sens à son médecin traitant. Refus.

Par ailleurs, il ne nous est pas possible d’exclure totalement l’hypothèse du surdosage de Primpéran, désormais interdit chez les moins de 18 ans.

Avez vous connu des situations comparables pour lesquelles le Primpéran puisse être incriminé?