Madame S. Silvana 60 ans s’est plainte à son médecin d’une difficulté de l’ATM gauche. Celui-ci a prescrit une tomographie qui conclut qu’il n’y a aucune atteinte des surfaces articulaires. La patiente consulte alors son chirurgien dentiste qui ne propose pas de diagnostic mais nous l’adresse. Lors de l’entretien clinique nous notons que Madame S. ressent depuis un mois un ressaut de l’ATM gauche, sans douleur. Ce ressaut est constant lors de la mastication et la gêne de plus en plus. Elle redoute de se trouver en situation de blocage. Elle fait remonter les difficultés, 3 mois auparavant, à un choc violent qui avait provoqué un hématome au niveau de l’ATM gauche. Elle ne souffre ni de céphalées ni de cervicalgies, mais se dit assez sujette au stress. L’examen clinique met en évidence un visage marqué par des masséters volumineux, en particulier à gauche. A la palpation latérale des ATMs on perçoit nettement un ressaut en début d’ouverture buccale et fin de fermeture. L’amplitude d’ouverture est de 45mm et les mouvements latéraux (très difficiles à faire exécuter) sont de 10 mm. Les tests de Krogh Poulsen sont négatifs des deux cotés. Nous posons le diagnostic de luxation discale réductible gauche, non douloureuse, et pour le moment, sans épisode de blocage.

La mandibule est décontractée et il existe un décalage entre ORC et OIM.

L’observation des contacts dento-dentaires met en évidence des malpositions dentaires nombreuses et importantes, et une dysharmonie dento-maxillaire avec encombrement des secteurs antérieurs et arcades en lyres. Les dents cuspidées ne portent pas de traces d’abrasion. La déglutition se fait avec la langue interposée.

Cherchant à explorer les contractions des volumineux masséters nous demandons à la patiente de « poser » doucement ses dents les unes sur les autres; puis, ayant placé nos mains sur les joues pour palper les masséters, nous constatons que ceux-ci se contractent fortement alors que nous demandions d’établir un simple contact, sans contraction musculaire. La patiente relâche ses crispations et reste en appui délicat sur les contacts dento-dentaires. Nous lui demandons alors de « serrer » les dents. Surprise! Nous ne percevons aucune contraction des masséters. Ou très faible. Nous refaisons l’exercice en expliquant à la patiente ce que veux dire « serrer ». Nous obtenons le même résultat : des masséters très tendus pour fermer, puis aucune contraction lors de la demande de serrage. Ayant observé lors du test de Krogh Poulsen la puissance de serrage de la patiente, nous lui demandons de serrer sur un coton salivaire placé dans les régions molaires, de façon à lui faire sentir ce que nous attendons. Sur le coton, le serrage est très puissant, gonflant les masséters qui deviennent très visibles sur les cotés du visage. Reprenant l’exercice « poser » puis « serrer », nous obtenons la même absence de contraction des masséters au serrage.

Par ailleurs, lors du serrage sur les cotons, à droite ou à gauche, nous percevons à la palpation une contrainte sur l’ATM gauche.

1- Un tel dysfonctionnement musculaire (contraction forte des masséters lors de l’élévation mandibulaire, avant contact occlusal, et absence de contraction si on demande de serrer en OIM) est-il lié au désordre articulaire?

2- Le trauma de l’ATM gauche a-t-il  déstabilisé une situation musculo-squelettique qui pourrait être considérée comme une stratégie d’évitement de contacts OIM perturbants?

3- Comment relier la dysfonction musculaire (hyperfonction des élévateurs) et la situation des dents cuspidées qui ne portent pratiquement pas de trace d’usure?

4- La dysfonction musculaire est-elle sans aucun rapport avec la situation mandibulaire mais liée à une pathologie générale?

Connaissez vous des cas identiques? Avez vous des propositions diagnostiques?