Les variations de la DV sont une source importante de questionnement pour les praticiens. Il est parfois délicat de poser le diagnostic d’une perte de DV et encore plus délicat de choisir les moyens pour déterminer la DV thérapeutique. Enfin, des craintes relatives à l’altération de la DV dans le temps souvent exprimées par les praticiens? Qu’en est-il vraiment? L’étude de Tallgren (1)  a montré que les variations de DV se font tout au long de la vie d’un individu : soit par attrition occlusale physiologique, soit des processus pathologiques : bruxisme, érosion chimique, perte des dents.

Pour contrer cela, il existe des phénomènes compensatoires : l’éruption passive, les migrations dentaires, les modification du schéma occlusal. Mais si l’attrition s’effectue à un rythme plus rapide que  la compensation, la résultante sera une perte de DV. Au niveau de l’ATM, il existe également un phénomène compensatoire permanent : c’est le remodelage. Le degré de remodelage est fonction : du degré de modification de la dentition, et de l’intensité des charges mécaniques appliquées au système masticatoire. Et à ce titre, une modification de la DV peut provoquer des modifications importantes dans la répartition des forces appliquées sur les dents. Il y a deux raisons essentielles. La première est que très souvent, une augmentation thérapeutique de la DV fera appel à des techniques allongement coronaire des dents, au détriment du support osseux parodontal, ce qui aura pour conséquence une diminution de la proprioception parodontale. (2). La seconde raison (de loin la plus importante) est qu’une variation de la DV va modifier les relations interincisives et l’angle de désocclusion du guide antérieur. Si on diminue la DV, le recouvrement incisif et l’angle de désocclusion augmentent, ce qui aura tendance à surcharger les dents antérieures surtout si le patient est parafonctionnel. A l’inverse, si l’on augmente la DV, le recouvrement incisif et l’angle de désocclusion diminuent, ce qui aura tendance à protéger les dents antérieures mais à majorer le risque d’interférences postérieures.

Question : Dans le cas d’ATM asymptomatiques, lorsque la décision est prise de modifier la DV, y a-t-il des risques pour les ATM ? La réponse est non à condition que 2 conditions soient rigoureusement respectées :  

Etablissement d’un calage postérieur bilatéral et simultané. En effet, en raison de la flexion de la mandibule (3), si secteur latéral de l’occlusion est en contact «léger» par rapport au secteur contro-latéral, le patient va activer les muscles élévateurs et la flexion mandibulaire va permettre d’établir les contacts occlusaux de manière forcée. Ce patient va probablement ressentir un inconfort du coté de la légère sous-occlusion. Le rétablissement de contacts postérieurs bilatéraux et parfaitement simultanés corrigera le problème.

Etablissement d’un guidage antérieur harmonieux et équilibré. Il est recommandé de choisir l’angle de désocclusion le plus faible possible. Le guidage des excursions mandibulaires doit se faire manière régulière et douce afin de régulariser et adoucir les trajets condyliens.

Question : Dans le cas d’une symptomatologie articulaire, lorsque la décision est prise de modifier la DV, y a-t-il des risques pour les ATM? S’il y a initialement un déplacement antérieur du disque, la nouvelle position du condyle peut comprimer les tissus rétro-discaux. Mais elle peut tout aussi bien améliorer la coaptation condylo-discale (et les études prouvent que c’est le plus souvent le cas. (4 et 5) Cependant, si le patient présente une symptomatologie articulaire (limitation fonctionnelle et/ou douleurs et/ou bruits… ou tout autre signe de dérangement interne), il est plus prudent de tester et de simuler l’augmentation de la DV avec une gouttière occlusale.

Bibliographie

1-     Tallgren A :Changes in adult face height due to aging, wear and loss of teeth and prosthetic treatment. Acta Odontol Scand 13:9-34, 1957

2-     Williams WN : The effect of periodontal bone loss on bite force discrimination. J Periodontol 58:236-239, 1986

3-     Hannan & Wood, Am. J. Phys. Anthropol, 1989

4-     Kahn & coll. Association between dental occlusal variable and intraarticular temporomandibular joint disorders: horizontal and vertical overlap. J Prosthet Dent 1998; 79:658-662

5-     Rivera-Morales WC, MolhND. Relationship of occlusal vertical dimension to the health of the masticatory system. J Prosthet Dent 1991; 65:547-553