« On peut s’adapter et fonctionner de façon satisfaisante avec des éléments anatomiques altérés. On peut également, par des comportements inadaptés, détruire un appareil harmonieusement agencé » Claude Valentin.

La maladie, au premier abord peut se définir comme une altération des fonctions d’un organisme vivant, sachant que l’atteinte peut intervenir au niveau moléculaire, corporel, mental, émotionnel… Le terme de maladie vient du latin male habitus c’est-à-dire « mauvais état ». Le sens du mot maladie peut être complété selon les auteurs. Pour certains, la maladie, altération organique ou fonctionnelle,  considérée dans son évolution, serait une entité définissable. D’autres considèrent qu’il s’agit du dysfonctionnement d’un processus phycho-biologique. D’autres encore rapprochent les notions de santé et de maladie, celle-ci étant l’altération des fonctions ou de la santé d’un organisme vivant. La santé, dans sa définition officielle, est une notion inexploitable : « Un état caractérisé non seulement comme l’absence de maladie mais comme un état de complet bien être physique et moral ». (Un état virtuel bien entendu) En effet, la très grande diversité des contextes culturels, éducatifs, l’immense capacité d’apprentissage et de conditionnement, la variabilité des réactions affectives, font que tout processus ou comportement humain, en fonction du vécu propre du sujet, peut être subjectivement perçu comme normal ou symptôme de maladie. Dès lors « la santé est un état fluctuant dans lequel existe constamment diverses pathologies ou processus pathologiques minimes, non perceptibles ni détectables sans investigations poussées, et susceptibles, à tout moment de s’aggraver » (psychobiology.org)

Une telle définition est particulièrement compréhensible pour les chirurgiens dentistes : ils croisent tous les jours des bouches porteuses de plaque dentaire, de dents cariées ou absentes, pathologies minimes qui ne font l’objet d’aucune demande de prise en charge. Peut-on parler de bouche saine ? Le patient est-il malade ? L’état de maladie serait alors caractérisé par la situation de l’organisme quand ses capacités de résilience (système immunitaire, système de régulation homéostatique…) étant dépassées, la dynamique des processus pathologiques porterait atteinte à l’intégrité globale de l’organisme. Pour rester dans nos exemples bucco-dentaires, on doit alors imaginer la plaque dentaire comme susceptible d’entraîner des maladies : infections des voies aéro-digestives, dents cariées à l’origine d’abcès, d’ostéites, de cellulites (entre 1500 et 2000 morts par an dans le monde selon lOMS ). On doit aussi penser que la perte des dents rend très difficile l’alimentation convenable du sujet, avec toutes les conséquences que cela comporte en termes de maladies. Si l’on en reste à l’occlusion, à partir des mêmes schémas, on peut dire, par exemple, qu’un surplomb, une occlusion inversée, une infraclusion molaire, ne sont pas des maladies tant que la résilience de l’organisme permet d’assurer un fonctionnement adéquat de l’appareil manducateur. Mais, à l’inverse, quand ces désordres occlusaux sont impliqués dans une altération des fonctions mandibulaires, faut-il parler de maladie ? Chacun comprend bien l’ambiguïté qu’il y a à parler de maladie vis-à-vis de désordres occlusaux. Alors qu’on parle pourtant habituellement de « maladie carieuse » ou de « maladie parodontale ». Il faut dire que pour ces deux pathologies les études avaient cru pouvoir les rattacher au modèle pastorien de la maladie : un agent causal (bactéries) chez un hôte. On sait aujourd’hui que les choses sont plus « complexes » selon le terme qui qualifie les maladies « complexes » : « maladie due à l’interaction d’un profil génétique et d’un environnement particulier » (diabète, asthme, maladies neuro-dégénératives…)

Notre objectif n’est pas de définir une maladie occlusale mais il est important d’observer que dans un grand nombre de cas les patients qu’on présente habituellement comme atteints de désordres occlusaux souffrent en réalité d’un problème du comportement mandibulaire.

Comment les désordres occlusaux sont-ils corrélés aux désordres comportementaux de la mandibule?

Comment analyser l’occlusion à la lumière de cette interrogation?

L’occlusion est-elle un marqueur (sous exploité) des comportements?