Non effect of experimental occlusal interferences on pressure pain thresholds of the masseter and temporalis muscles in healthy women.
Michelotti A. Farella M. Steenks M.H. Gallo L.M. Palla S.
Eur.J.Oral Sci. 2006;114: 167-170

Etude. Sur 11 étudiantes en médecine on place des surépaisseurs en or de 0.250 mm, pendant 8 jours, sur la face occlusale ou la face vestibulaire de 36 ou 46. L’objectif est de mesurer si cette surépaisseur intervient sur le seuil de douleur à la pression des muscles masséters et temporaux.
Résultat : Rien d’observable.

Les auteurs n’observent rien mais concluent, d’une part, que « cette interférence occlusale n’a pas d’influence », et d’autre part, que « en dépit des résultats observés les cliniciens devraient être prudents dans leurs pratiques pour ne pas introduire de nouvelles interférences qui peuvent créer des problèmes à certains patients ». En matière de contradiction il est difficile de faire mieux en 4 lignes de conclusions.
Analyse critique
Le titre de l’étude fait référence à la douleur. Cependant la première phrase situe l’étude dans le cadre des désordres temporo-mandibulaires (DTM), citant même les travaux qui lient occlusion et DTM. Le glissement entre douleur et DTM n’est pas neutre puisque la première pourrait n’être qu’un symptôme des seconds. Avant d’engager une étude il importe de bien définir son sujet. D’autant que la présente étude est faite exclusivement sur des patients exempts de DTM ou facteurs de DTM.
Le luxe de précautions des matériels et méthodes (questionnaire inclusion/exclusion, double aveugle, interférence soit disant placebo, randomisation de l’ordre de mise en place des interférences, comité d’éthique…) est strictement ridicule en face de la dimension de l’échantillon et de l’objet de l’étude(11). Cette population est insuffisante et n’a pu être retenue que parce que les auteurs font l’impasse sur l’ensemble des données multifactorielles qui interviennent sur le seuil de la douleur à la pression. La méthodologie peut avoir l’allure scientifique, mais elle ne correspond qu’à de la cuisine prétentieuse.
La recherche clinique s’accommode mal d’une méconnaissance des bases cliniques qui aboutissent à des études inutiles ou toxiques. Sous cet aspect, la présente étude mérite quelques cartons rouges :
- Rien n’est dit sur la notion d’interférence. Comment expliquer que cette interférence (préparée sur modèle en plâtre sans articulateur programmé) puisse « interférer uniquement en OIM et jamais en protrusion ou latéralité » ? D’autant qu’on ne dit pas si l’OIM est pathogène ou non.
- L’épaisseur de l’interférence est de 0.250mm. Les auteurs savent-ils que la dépressibilité moyenne du desmodonte est du même ordre? Rien n’est dit sur le choix de l’épaisseur de l’interférence qui, pour certaines bouches, ne sera jamais en surépaisseur ?
- « L’interférence placebo » en face vestibulaire est un beau tour de passe-passe à visée statistique. Comment expliquer à un chercheur qu’une absence de contact n’est pas un contact placebo? Ce n’est pas evidence based ça? Surtout pour un triple aveugle !
- La durée de l’expérience est de 8 jours. Sur quelles bases cliniques une telle durée a-t-elle été retenue ? N’importe quel clinicien sait bien que c’est en mois ou années que se comptent les périodes de perturbations occlusales avant que des DTM puissent éventuellement leur être imputés.
La discussion est mensongère quand elle prétend que les différences observées entre les résultats de l’étude et ceux d’autres études peuvent être attribuées à « des défauts de design, le manque de groupe contrôle ou de double aveugle ; ainsi que l’utilisation d’une méthode subjective d’évaluation du seuil douloureux ». Plus fort, les autres études auraient des résultats différents car « elles utilisent des interférences de différents types ». Rien ne permet de soutenir une telle discussion et la faiblesse des concepts sous jacents à l’étude devraient inciter à une certaine modestie.
La conclusion doit absolument être retournée aux auteurs : « En dépit des résultats de l’étude, les chercheurs devraient être prudents dans leurs travaux pour ne pas introduire de nouvelles aberrations qui peuvent créer des problèmes à certains patients ». Etonnant que le nom de Sandro Palla soit mêlé à une telle publication!

A quoi sert une telle étude, mal conduite, bourrée de contradictions, et sans utilité clinique? Comment un comité de lecture peut-il se compromettre à autoriser une telle publication?