Cette semaine encore je tombe sur une réclame pour le NTI dans le CDF!
Je pensais que depuis 3 ou 4 ans tout le monde avait compris que ce dispositif était sans intérêt. D’ailleurs les forums pros (dental espace, eugénol…) ou grand public (doctissimo…) n’en font plus état depuis des lustres.Alors je crois qu’il faut redire les choses simplement; et pour cela j’ai visité en détail le site de NTI tss (qui mérite un détour critique) et les discussions des forums.
1- Le NTI n’est qu’une simple butée antérieure telle qu’on peut l’obtenir avec une boulette de résine auto, ou même avec un coton salivaire.
Comme le dit la publicité, ce type de butée antérieure « permet d’obtenir une désocclusion et la décontraction des muscles masticateurs ». C’est prouvé par de multiples études électromyographiques.2- La publicité présente explicitement le NTI comme un moyen d’intervention « sur le bruxisme, sur le SADAM », et… plus si affinités. En réalité on sait parfaitement qu’une butée antérieure ne limite pas le bruxisme (tout au plus par l’inocclusion provoquée évite-t-elle certaines usures dento-dentaires parafonctionnelles). Pour ce qui concerne le SADAM, et si l’on s’en tient à l’opinion de Daniel Rozencweig qui avait proposé ce terme en 1970 (grande variété de symptômes musculaires et articulaires), il faut remplacer ce concept par celui d’ADAM (algies et dysfonctions de l’appareil manducateur) qui permet de mieux approcher de la notion de diagnostic. Aujourd’hui on se contente même d’évoquer les DAM (dysfonctions de l’appareil manducateur) qui eux sont fondés sur la notion de diagnostic et qui peuvent être, ou non, algiques. La publicité du NTI est donc une publicité arriérée au sens étymologique du terme; à moins que le service marketing de l’entreprise qui commercialise le dispositif préfère jouer le jeu de l’imprécision et du flou clinique. L’exigence clinique devrait conduire les prescripteurs à rejeter ces indications floues ou trompeuses.
3-La publicité annonce également une « réalisation simple et économique ». Là encore la manipulation est grossière: un NTI est-il plus simple ou plus économique qu’une butée extemporanée en résine ou un coton salivaire? Comment ces motivations peuvent-elles soutenir les 2,5 millions de dispositifs vendus? Que recherchent les prescripteurs?
4- Le chapitre des contre-indications est développé tant sur le site NTI que sur les forums. Mais là encore on est loin des arguments solides. N’évoquons que ceux qui sont d’ordre occlusal.
41- Le port d’une butée créant une inocclusion fait légitimement craindre une égression des dents si le dispositif est porté pendant de longues périodes. On connait bien la tendance de certains patients inquiets à s’imposer à temps plein le port d’orthèses. Si l’orthèse est un NTI on peut naturellement redouter que l’OIM soit durablement altérée. On trouve sur internet des illustrations présentées comme celles de patients ayant abusé du port du NTI.
Ce risque, non maîtrisable par le praticien, peut aboutir à des dégâts dont il sera sans doute jugé responsable. Pourquoi prendre ce risque? Comment accepter l’idée qu’un praticien puisse prendre la responsabilité de prescrire une orthèse partielle en laissant le patient juge de son port ou non? Une orthèse partielle est un outil thérapeutique transitoire exclusivement géré par le praticien. En aucun cas le patient ne peut en disposer à sa guise.42- Le risque occlusal est évoqué sur le site NTI, ou les interventions des responsables NTI sur les forums; mais sous un angle étrange. « Dans le cas où la position condylienne du patient n’est pas optimale, le condyle peut se repositionner en haut et en arrière pendant la résolution des symptômes (pendant le port du NTI). Cela peut entraîner un changement de schéma occlusal du patient. Bien que cela ne soit pas une égression, ce phénomène (du à la rotation de la mandibule sur la molaire la plus distale) peut aboutir à un point de contact isolé (prématurité) qui doit être ajusté par équilibration) » Et selon le document NTI, « si le patient n’accepte pas l’idée d’une équilibration occlusale le NTI est contre-indiqué ».
Si l’on veut bien s’éloigner de ce charabia commercial et revenir au domaine clinique, on devrait dire qu’une butée antérieure, en relâchant les muscles masticateurs, permet à la mandibule de prendre une position plus détendue, en général plus postérieure, qui met en évidence des contacts d’ORC différents de ceux de l’OIM. Un thérapeute ordinaire, loin de se lancer dans une équilibration sauvage comme nous le suggère le site NTI, procéderait à une analyse occlusale. Mais, si l’objectif est de définir la position fonctionnelle de la mandibule, acte quotidien de l’odontologie, alors le NTI n’est absolument pas l’outil adapté.
43- La biomécanique mandibulaire est telle qu’une force de serrage importante sur une butée antérieure est de nature à favoriser un déplacement antérieur des disques articulaires. A tel point que les plans de morsure rétro-incisifs sont contre-indiqués en cas de luxation discale. Placer un NTI chez un(e) patient(e) hyperlaxe, présentant une incoordination discale débutante, c’est prendre le risque d’aggraver la situation ou même de provoquer une luxation discale irréductible. Etrangement, cette situation n’est pas évoquée dans les contre-indications officielles du produit.
Questions: Ces remarques de bon sens se heurtent au relatif succès du NTI auprès de patients mal informés ou aux prescriptions incompréhensible de certains praticiens. Comment expliquez vous que ce dispositif soit commandé par certains dentistes? Que peuvent-ils réaliser avec le NTI qu’ils ne pourraient pas faire avec de la résine ou du coton? Avez vous eu dans votre clientèle des cas de désordres occlusaux ou articulaires imputables au NTI? Si vous êtes utilisateurs de NTI comment expliquez vous votre intérêt pour ce dispositif?






4 commentaires
Pr Pascal AUROY a dit:
jan 5, 2012
tous cela est exacte et bien dit.
Depuis le temps que ces pratiques non fondées sont appliqués, je voulais dénoncer les effets iatrogènes du port des orthèses réduites de ce type ou d’autres au-delà de quelques minutes, par un article; c’est devenu inutile car vous le faite très bien.
splintman a dit:
jan 6, 2012
Merci de ces commentaires élogieux. C’est vrai qu’un article dans la presse écrite sur ce sujet pourrait rappeler aux confrères et consoeurs de ne pas se laisser manipuler par la publicité. Mais dans la presse écrite il est difficile de dénigrer un annonceur. Je le comprends. Pourtant si tu persistes dans ton projet saches que tous les documents de notre site iOcclusion sont libres d’accès et de reproduction (on demande simplement de mettre un lien vers notre blog. Par ailleurs merci de ta réaction qui enrichit ce blog. Tout le monde peut intervenir sur n’importe quel article; sous son nom ou sous un pseudo. Et, plus important, il est possible de publier gratuitement des articles sur n’importe quel sujet concernant les DAM et l’occlusion (voir le bouton « soumettre un article » en haut de la page d’accueil du blog). Notre ambition n’est que de favoriser les échnages sur ces sujets souvent mal abordés dans la formation initiale (on ne peut l’aborder qu’après avoir travaillé sur les patients, en 5° année) faute de temps clinique. Et si tu souhaites reprendre des articles de ce blog pour les développer dans le cadre d’articles écrits, il n’y a aucun empêchement. Il faut faire bouger les choses sur ces sujets.
Daniel Rozencweig.. a dit:
jan 11, 2012
La préférence accordée aux solutions de facilité est au coeur de cette question.
Pourquoi se compliquer la vie si une procédure miraculeuse et universelle vous est proposée ?
D’autant plus que les textes d’accompagnement regorgent de vidéos sur les recherches et justifications scientifiques que peu de personnes sont en mesure d’analyser de façon critique.
Les troubles de l’appareil manducateur sont évidemment de nature multiple et diversifiée. Ils demandent une anamnèse attentive, un examen approfondi (musculaire, articulaire, occlusal) une analyse des incidences psychologiques, parfois des examens connexes, afin de formuler une hypothèse diagnostique qui , elle, permettra d’établir une proposition thérapeutique.
La solution passe-partout et magique d’un dispositif apparemment sans risque, vantée par quelques résultats cliniques (hors de toute étude globale répondant aux impératifs de la médecine par la preuve) est propre à tromper aisément….ceux qui ont choisi de se passer d’une formation réelle et approfondie.
La littérature scientifique, les organismes de formation comme le CNO, sont là pour éclairer les cliniciens conscients de leurs responsabilités. Ceux là connaissent la dangerosité, à long et même court terme, de ce type de panacées appliquées sans discernement diagnostique. Les autres, ceux qui n’ont pas reçu l’éclairage de connaissances approfondies, sont prêts à avaler toutes les couleuvres. Il n’y a pas que le Médiator pour faire des victimes.
Daniel Rozencweig..
splintman a dit:
jan 11, 2012
Parfaitement d’accord avec Rozencweig: les solutions de facilité peuvent aboutir à des « victimes » et seul l’effort de formation, fondé sur l’exigence scientifique, permet de limiter les dérives vers « les procédures miraculeuses ». Le CNO est effectivement un des rares organismes formateurs en occluso. Ses sections locales conduites par des praticiens exigeants mais au contact de l’exercice quotidien, permettent des échanges fructueux et apportent des bases critiques aux confrères et consoeurs qui ont saisi la nécessité de se former en occlusodontologie. Ton indispensable ouvrage « Algies et dysfonctions de l’appareil manducateur » (cdp éditeur) est-il toujours disponible ou est-il épuisé?