Movement of the mandibular condyle and articular disc on placement of an occlusal splint

Hasegawa Y. Honda K. Kondo J. Maeda Y. Oral Surg Oral Med Oral Pathol Oral Radiol Endod 2011;112:640-647

 

L’objectif de l’étude est d’évaluer par images IRM les déplacements du condyle mandibulaire et du disque articulaire après mise en place d’une gouttière occlusale.  35 sujets sont distribués en deux groupes selon qu’ils souffrent ou non de l’ATM.  3 sous groupes sont ensuite institués selon le statut articulaire: disques normaux, déplacement discal  unilatéral, et déplacement bilatéral. Les conclusions sont de deux ordres: la douleur articulaire est associée avec une réduction du mouvement du disque, et, le mouvement du disque et du condyle est différent dans le sous groupe déplacement discal unilatéral, gouttière en place, comparé aux deux autres sous groupes.

L’intérêt de l’étude, sans être crucial, peut se comprendre dans le cadre d’un effort de modélisation des situations articulaires pathologiques. Il est aussi salutaire de s’interroger sur les effets (objectivables par l’imagerie) de la mise en place d’orthèses occlusales vis à vis des situations articulaires.

1- Cependant, le volume de l’échantillon, et son découpage en 6 catégories différentes rend son exploitation totalement irréaliste. En effet, il n’y a par exemple que 4 cas de luxations discales réductibles douloureuse, ou 3 cas de luxations discales irréductibles non douloureuses. Et même aucun cas de luxation réductible unilatérale non douloureuse. Comment proposer des conclusions devant un nombre aussi faible de cas? Quelle crédibilité accorder aux conclusions?

Position du disque Douleur Non douleur Totaux
Normal 7 14 21
Luxation unilatérale 4 0 4
Luxation bilatérale 7 3 10
Totaux 18 17 35

Cette question se double d’une autre quant aux critères d’inclusion des sujets dans l’étude puisqu’elle réunit à la fois 17 sujets présentant des « claquements, crépitations ou douleurs myofaciales avec ou sans limitation d’ouverture ou douleur d’ATMs, et 18 volontaires sans aucun désordre temporo-mandibulaire ». Cette étude souffre donc à nos yeux non seulement d’un échantillon trop faible mais aussi de critères d’inclusion fort critiquables d’autant qu’ils ne font pas référence à des diagnostics clairs.

2- La gouttière présentée comme commune à tous les sujets est réalisée selon les critères suivants:

- maxillaire,

- lisse et équilibrée pour que toutes les cuspides « fonctionnelles » soient en contact avec la gouttière, réglée en position orthostatique du patient,

- d’une épaisseur telle qu’elle augmente la DVO de 5 mm au niveau des incisives,

- réalisée dans la position mandibulaire donnée par le patient sur son trajet de fermeture vers l’IOM, en maintenant une inocclusion qui permettra l’augmentation de DVO de 5 mm au niveau antérieur,

Cette orthèse est donc simplement un obstacle, prétendument normalisé, sur le chemin de fermeture. Il ne tient pas compte, ni de la situation initiale intra-articulaire, ni des variations individuelles vis à vis d’une modification de DVO. Ce dispositif occlusal, s’il peut être légitimé par un besoin de normalisation des procédures expérimentales, ne saurait être considéré comme une orthèse thérapeutique. Dès lors, et d’autant plus que la notion de diagnostic initial est absente, ce travail de recherche saurait difficilement être rapproché d’une quelconque réflexion thérapeutique. Le titre de l’étude est d’ailleurs parfaitement clair sur ce point.

3- La méthodologie d’analyse des images IRM, en OIM et sur l’obstacle occlusal, est décrite mais mériterait évaluation critique.

4- Toute la discussion de l’étude cherche à mettre en relation les résultats chiffrés obtenus avec des situations cliniques douloureuses ou non. Elle rejoint en cela les présupposés de l’introduction qui prétendaient « comparer les résultats d’IRM pour des sujets qui souffrent et des sujets qui ne souffrent pas ». Nous avons déjà signalé que cette prétention est hors d’atteinte compte tenue de la méthodologie retenue. Les conclusions doivent donc être considérées comme non scientifiques.

Cette étude nous  semble emblématique des difficultés de la recherche en occlusodontologie. Nous avons besoin de recherches fondamentales: neurologiques, morphologiques, mécaniques…) Mais nous devons éviter de publier des travaux qui mélangent allègrement les contraintes de la recherche fondamentale et les inévitables approximations de supputations cliniques. Nos études souffrent de bases conceptuelles insuffisantes ou  de modèles simplistes et non accessibles à l’expérience. Raison de plus pour ne pas accepter que des études telles que celle que nous venons d’évoquer se fassent passer pour des travaux scientifiques en occlusodontologie.