Qui n’a pas entendu la fameuse sentence « Quand le seul outil dont on dispose est un marteau, tout finit par ressembler à un clou » (encore citée dans le post sur les dispositifs occlusaux). L’idée véhiculée par une telle analogie serait que l’occlusodontie ne disposant que du seul outil de l’orthèse, toute douleur oro-faciale serait considérée comme d’origine occlusale. Comme si on disait que le psychiatre, ne disposant que d’un divan, chacun des ses patients finirait par ressembler à un malade psychiatrique. Ou que « quand on ne dispose que d’antalgiques tout finit par ressembler à une douleur ». L’odontologiste utilise des orthèses parce qu’il doit tester l’occlusion avant d’intervenir sur les dents. A qui profite ce type de caricature simplificatrice? Et pourquoi cette tendance à dénigrer l’utilisation des orthèses? Plusieurs éléments viennent à l’esprit:
1- Nombre de praticiens font appel à une orthèse orale par défaut: défaut de résultat dans leurs démarches thérapeutiques, défaut de diagnostic, défaut de confiance dans leurs soins…Ces praticiens font appel à une orthèse en désespoir de cause, en comptant sur un effet placebo, ou mieux, magique, vis à vis de douleurs qui les mettent en échec. Faut-il rappeler que le recours à une orthèse dans ces conditions est une erreur?
2- Cette utilisation erronée des orthèses conduit à des prescriptions pléthoriques aux USA; qui ont été pointées par les assureurs et ont contribué à diffuser une image négative des gouttières occlusales.
3- L’utilisation rationnelle d’une orthèse est difficile et nécessite:
- de faire un diagnostic précis, ou tout au moins de proposer une hypothèse diagnostique sérieuse
- des adaptations successives aux variations mandibulaires vers l’ORC, ou la relation mandibulo-crânienne thérapeutique, et
- d’organiser son dépôt.
Cette voie thérapeutique ne peut s’accomoder de pseudo-orthèses souples ou de butées antérieures de pacotille et dangereuses qu’on finira par trouver dans des « bars à occlusion » comme on trouve déjà des orthèses chez Décathlon ou chez les buralistes. Trop de praticiens, recherchant la facilité là où elle n’est pas, s’interdisent ainsi de réussir et menacent la santé de leurs patients.
4- Le défaut d’études EBD (evidence based dentistry) concernant le rôle causal de l’occlusion dans l’apparition ,l’entretien ou l’aggravation des DAM laisse la place libre à tous ceux qui, sans plus de preuves, affirment que « l’occlusion n’est pas un facteur étiologique des DAM ». Par voie de conséquence, comment l’orthèse, intervention occlusale de première intention, prouverait-elle son utilité?
5- La prise en compte (indispensable) des facteurs psycho-sociaux dans l’apparition, l’entretien ou l’aggravation des DAM a été faite dans le cadre d’un raisonnement binaire simpliste (axe1/axe2) qui a permis aux doloristes d’imposer une soit disant vision « médicale » des DAM au détriment d’une vision soit disant « occlusale ». Derrière cette dichotomie caricaturale se cache mal le fait que les doloristes ne posent pas de diagnostic précis des DAM (ils parlent de DAM en général, sans rentrer dans le détail étiopathogénique) et considèrent toute orthèse comme équivalente à n’importe quelle autre. Les études Cochran en sont l’illustration . Dans ce cadre, oui, on peut confondre un marteau et une gouttière.
Mais ces 5 difficultés ne peuvent masquer une réalité clinique incontestable. Une orthèse orale, bien indiquée et bien réalisée permet selon les cas:
- de préciser un diagnostic,
- de soulager un désordre articulaire
- de soulager un désordre musculaire
- d’améliorer des désordres à distance (oculomoteurs, otologiques ou posturaux)
- de faciliter la conduite de traitements ODF ou prothétiques.
Tous ces éléments sont clairement détaillés dans l’article de J.F.Carlier et J.P.Ré de l’encyclopédie, ou dans le livre que vient de publier J.P.Ré chez CdP.
Les coups de marteau ça fait surtout du bien quand ça s’arrête.






2 commentaires
Quenotte a dit:
déc 11, 2011
Je crois que l’on ferait mieux d’utiliser plus souvent des orthèses: pour décontracter la mandibule ou pour préciser la relation mandibulo-crânienne de référence avant n’importe quelle prothèse. Autour de moi les dentistes font soit des gouttières souples (bon marché) pour rester dans le tarif de la SS, soit des gouttières identées qui ne servent pas à grand chose. C’est peut être pour ça que les gouttières souffrent d’une mauvaise image. Pourquoi s’interresser à ce qui est mauvais? Parlons des gouttières debonne qualité. Qui pourrait nous dire sur ce Blog quelles spécifications il demande au labo pour ses gouttières?
splintman a dit:
déc 29, 2011
Pour ma part je demande au labo de respecter les critères suivants:
- résine dure, non déformable
- espacement minimal de façon à bénéficier d’un clipage « naturel » avec une extension minimale de l’orthèse
- surface lisse non polie
- épaisseur d’environ 1mm dans les zones distales
- aucun réglage occlusal n’est demandé au labo