Depuis presque un siècle on cherche à définir une position de référence mandibulaire: la relation centrée. Mais les discussions et contradictions entre les différentes écoles n’ont pas permis de faire émerger un concept clair, unanimement accepté et cliniquement fondé. Pourquoi ne pas s’en tenir à l’OIM? La question peut paraître saugrenue. L’OIM (contacts des dents antagonistes obtenus lors de la contraction des muscles élévateurs), observable en bouche ou sur les moulages en plâtre tenus à la main, est la position de référence par excellence. Celle qui sert de base à tous les travaux courants de dentisterie, pendant toute la vie du patient. Cette position est considérée à priori, et sans contrôle, comme la position « normale ». Et pourtant, cette position ne peut-elle pas être pathologique?

Dans quelles conditions l’OIM peut-elle être pathologique?

L’IOM est consubstantielle  de la contraction des muscles élévateurs. L’OIM n’existe pas si la musculature mandibulaire est détendue. La notion d’OIM inclut donc à la fois la morphologie occlusale des dents et le degré de contraction des élévateurs, et donc, l’OIM peut être pathologique, soit parce que l’activité des muscles élévateurs est pathologique, soit parce que la morphologie occlusale est pathologique, ou les deux simultanément.

1- pathologies des muscles masticateurs:

* atteintes congénitales,

* atteintes dégénératives, inflammatoires, infectieuses, néoplasiques…

* pathologies liées à des maladies générales (parkinson, dépression, alzheimer, charcot, etc…),

* pathologies musculaires liés à la consommation de médicaments ou drogues diverses,

* parafonctions,

* pathologies liées à la situation mandibulaire elle même: perturbations occlusales, atteintes des ATMs.

2- pathologies de la morphologie occlusale:

* réductions ou absences de faces occlusales par perte de dents ou agénésies,

* délabrement des surfaces occlusales par caries, dysplasies, abrasion ou érosion,

* défaut de congruence par malpositions dentaires ou maxillaires (les causes de ces malpositions peuvent être multiples)

Ces situations sont très fréquentes. Le chirurgien dentiste ne peut donc pas considérer l’OIM comme systématiquement physiologique et doit au contraire s’interroger pour chaque patient: l’OIM est-elle pathologique? Par l’entretien clinique il peut mettre en évidence des facteurs péjoratifs pour les fonctions musculaires. L’examen de la mandibule et des arcades complète les informations d’ordre occlusal.

 

Par ailleurs, et malheureusement, on sait que les muscles masticateurs sont engagés dans de nombreuses chaînes musculaires et qu’une perturbation à leur niveau peut être liée à un désordre postural, lingual, oculomoteur ou otologique. Avant de pouvoir affirmer que l’OIM n’est pas pathologique il importe de pouvoir exclure toute implication dans des désordres posturaux, linguaux, oculomoteurs ou otologiques. Le chirurgien dentiste doit donc être extrêmement prudent avant de considérer qu’une OIM n’est pas pathologique. Faut-il cesser de considérer l’OIM comme la position de référence pour les interventions des chirurgiens dentistes? Faut-il tester systématiquement la validité clinique de l’OIM avant d’y intervenir? Et comment?