Madame B. Mauricette, 63 ans consulte à la demande de son praticien pour un claquement articulaire gauche douloureux depuis 4 mois. Elle évoque le rôle déclenchant du rescellement de 24 (dont la pointe vestibulaire semble avoir été réduite), à cette époque. Le rescellement n’aurait « pas remis la prothèse à sa place ». L’entretien clinique précise que cette patiente, plus ou moins dépressive, est traitée par du Temesta® et du Laroxyl® et qu’elle prend par ailleurs des médicaments pour l’ostéoporose. Elle précise par ailleurs que le claquement douloureux n’a pas lieu lors de l’ouverture buccale mais lors de la mastication et que cette situation a aussi le don de l’énerver car elle ne peut plus manger avec plaisir; d’autant que les convives entendent le bruit articulaire lié à sa mastication. La patiente ne signale pas de traumatisme cranio-facial. L’examen clinique montre un ouverture de 45 mm d’amplitude (sans douleur) déviée vers la gauche et aboutissant à un décalage de 2 mm des points inter-incisifs en ouverture maximale. Les déplacements mandibulaires latéraux mesurés au point inter-incisif mandibulaire sont de 15 mm vers la droite et de 10 mm vers la gauche. La palpation des condyles mandibulaires pendant l’ouverture-fermeture ne met pas en évidence de ressaut articulaire. Le diagnostic peut donc être posé de la façon suivante: luxation discale non réductible en ouverture mais réductible et douloureuse en mastication. Par ailleurs, la palpation des masséters montre une grande asymétrie de contraction en OIM.
L’examen occlusal après décontraction succincte de la mandibule permet d’observer des situations OIM et ORC totalement différentes. En particulier il existe une prématurité sur 17 (sans antagoniste) où un amalgame ancien porte des trace d’usure « fonctionnelle » à l’endroit précis du contact avec 46. On peut ici parler de « prématurité » même si ce contact ne correspond qu’imparfaitement à la définition de Jean Daniel Orthlieb dans son ouvrage Gnathologie fonctionnelle (Cdp edit 2010): « Prématurité occlusale: Contact occlusal sur le chemin de fermeture (en mouvement axial terminal) se produisant sur une deuxième ou troisième molaire ». Pourquoi le même contact considéré sur 46 (première molaire) ne serait-il pas une prématurité? A cet égard la définition donnée par D. Rozencweig dans son livre Algies et dysfonctions de l’appareil manducateur » (CdP edit 1994) est beaucoup plus exploitable: « Le contact prématuré est le premier contact interdentaire qui se produit sur le chemin de fermeture, lorsque les ATM sont maintenues en relation centrée ». La définition de la prématurité donnée par le lexique d’occlusodontologie du CNO (Quintessence edit 2001) est naturellement plus proche de celle D. Rozencweig : » Contact occlusal en occlusion de relation centrée (ORC) susceptible de dévier l’élévation mandibulaire ».
Les interférences répondent à d’autres définitions. Pour Orthlieb une interférence est « un obstacle dentaire limitant ou déviant les mouvements mandibulaires de translation (diduction ou propulsion). A partir de cette définition (qui ne fait pas référence à la position mandibulaire OIM ou ORC) il considère les interférences occlusales antérieures différentes des interférences occlusales postérieures, elles mêmes séparées en travaillantes et non travaillantes. La définition données par D. Rozencweig a le mérite d’être à la fois simple et cliniquement plus facile à exploiter. Les interférences sont « des contacts qui modifient le trajet mandibulaire, à partir de la relation centrée, pendant les excursions mandibulaires ». Dans le lexique d’occlusodontologie du CNO l’interférence est « un contact occlusal qui limite ou dévie un mouvement mandibulaire harmonieux ». Cette définition qui ne fait pas référence à la position mandibulaire n’a pas de sens; d’autant que le qualificatif d’harmonieux ne s’appuie sur aucun fait clinique définissable, reproductible ou quantifiable.
Les prématurités et interférences ont été parfaitement définies par D. Rozencweig et il est contreproductif que des auteurs ou des associations qui veulent se faire valoir compliquent la compréhension des cliniciens. Quand l’occluso saura se tenir à des définitions simples, quand elle saura respecter les concepts clairs qui prévalent en clinique, alors pourront être posées les questions qui permettront d’engager des recherches fiables pour tester les différentes hypothèses qui parcourent cette discipline sans la rendre majeure.






2 commentaires
Daniel Rozencweig a dit:
nov 30, 2011
Comment pourrais-je ne pas être d’accord avec l’analyse de notre consoeur ?
Face à une situation de souffrance, il est logique de supprimer, en premier lieu, le contact déviant dans le cadre d’une équilibration occlusale préalablement évaluée sur articulateur. Cela, même si la dépression de la patiente peut évoquer une autre hypothèse étiologique ajoutée.
carmen a dit:
déc 2, 2011
Merci Rozencweig pour ton opinion et le rappel fort à propos que la dépression est sans doute sans lien de causalité avec le désordre occlusal. Nous sommes d’accord bien entendu pour dire qu’une analyse occlusale sur articulateur doit précéder l’équilibration. Ce qui suppose que les modèles puissent être montés en ORC et donc que cette position d’ORC soit fiable. Dans le cas de ma patiente je parle d’ORC approchée car il existe une certaine contraction des muscles masticateurs qui interdit d’être formel d’emblée sur la position d’ORC. Il faudrait mettre une gouttière et la régler sur quelques jours ou semaines pour pouvoir être certain de la position d’ORC qui présidera à l’analyse occlusale. Penses tu qu’on puisse engager l’équilibration à partir d’une ORC approchée ou qu’il faille attendre la décontraction complète de la mandibule pour un enregistrement « parfait » avant de se lancer dans l’équilibration?