L’ articulateur virtuel. Demain…c’est tout de suite.   Laplanche O. Duminil G. Info. Dent. 2011, 40/41- 63:72

Gérard Duminil a réalisé un excellent numéro de l‘Information Dentaire paru le 23 novembre sur le thème pourtant rebattu des nouvelles technologies. Chapeau! A nos yeux l’article consacré à l’articulateur virtuel coécrit avec Olivier Laplanche doit être considéré comme une base de départ (depuis le texte de François Duret sur l’Access Articulator des années 80)pour tous les travaux et publications qui ne vont pas manquer maintenant de paraître dans nos revues préférées. L’article de Laplanche et Duminil, d’une grande clarté, pose parfaitement les enjeux, tant du point de vue occlusal que du point de vue de la CFAO.

Nulle prétention « scientifique » mal venue ne vient entacher leur travail. Au contraire les précautions sont prises pour rappeler que l’utilisation (indispensable) d’un articulateur ne permet que de « minimiser les retouches et ajustages lors des phases d’essayage prothétique ». Les auteurs parlent de « similarité des contacts » ou de » situation proche » Il ne s’agit pas là d’une sorte de flou artistique mais bien au contraire des observations lucides de praticiens sérieux et objectifs. Le temps n’est plus aux prétentions de précision artificielle, d’exactitude absolue, de simulation parfaite. L’articulateur virtuel sera aussi précis que l’articulateur mécanique pour peu qu’il soit servi avec la même envie de s’approcher au mieux de la situation clinique. Mais la modestie qui anime les auteurs donne à leur travail une tonalité réellement scientifique. Doute et l’hypothèse, pour mieux approcher le progrès, pour laisser la place aux évolutions techniques et conceptuelles, sont les forces qui soutiennent une rédaction bien structurée permettant au lecteur de comprendre les enjeux et les principes de l’articulateur virtuel Euromax-DentalWing®. Les illustrations sont également très explicites simplifient le passage du virtuel au concret et réciproquement.

La qualité pédagogique de l’article lui permet aussi de ne pas s’encombrer des trop fréquentes supputations inutiles d’occlusodontologistes sourcilleux: il y a l’OIM et l’ORC…et cela suffit bien. Nul besoin de se confire en vocabulaires ésotériques ou créations sémantiques qui viennent polluer les discours sur l’occlusion. Cette simplicité est la marque des vrais cliniciens.

On a donc d’autant plus envie d’engager la discussion avec ces auteurs pour essayer d’aller plus loin et plus vite encore, au coeur du problème occlusal. Ceux ci écrivent au sujet de l’articulateur (mécanique ou virtuel) : « La précision de la situation cinématique est liée à un certain nombre de paramètres » qui sont dépendant « de la reproduction des déterminants du mouvement: écartement condylien, pente condylienne, angle de Benett, mouvement initial de Benett, position des déterminants postérieurs par rapport aux déterminants antérieurs qui sont les pentes de guidage antérieur et guidage canin ». Oui bien sûr tout cela est vrai. Mais n’est-il pas temps, puisque l’évolution vers le numérique offre de nouveaux moyens, d’incorporer de nouveaux paramètres forts importants (et jusqu’ici quasi impossible à intégrer à un articulateur mécanique) pour la qualité de la simulation recherchée? Nous pensons en particulier à la résilience desmodontale, à la laxité articulaire des ATM, à la souplesse des corps mandibulaires. Nous pensons aussi à la cinématique de mastication (différences de contacts occlusaux observés selon que les guidages se font selon un sens centrifuge ou centripète) ou de parafonction. L’évolution vers le numérique permet d’affiner la simulation  des contacts dento-dentaires lors des différentes situations mandibulaires; plus facilement que sur des articulateurs mécaniques. N’est-il pas souhaitable de profiter de cette occasion pour faire en sorte que l’occlusodontologie se rapproche un peu plus des disciplines scientifiques?