Dans le numéro spécial que l’Information Dentaire consacre au congrès de l’ADF, les présidents des différentes sociétés scientifiques sont interrogés pour évoquer leur discipline au sein di congrès.
Jean François Carlier, Président du Collège national d’occlusodontologie, après avoir déploré l’absence de « séance spécifiquement dédiée à l’occlusion ou à ses troubles » pose en exergue la question fondamentale de toute la discipline:
« L’occlusion serait-elle devenue négligeable qu’il suffirait d’adopter l’occlusion du patient en arguant du fait qu’elle lui est habituelle? »
Voila la réalité du terrain, qu’il soit universitaire ou de ville. L’occluso est hors CNU, hors nomenclature, hors de l’odontologie.
La première priorité pédagogique et clinique est de faire comprendre que travailler sur l’occlusion habituelle du patient c’est pérenniser tous les dysfonctionnements qu’elle engendre. Mais bien sûr ce n’est pas EBD!






5 commentaires
Unger françois a dit:
nov 4, 2011
Je trouve que la question de Carlier est intéressante mais ne peut pas être posée de la sorte. Il est nécessaire que l’occluso fasse un effort très sérieux pour arriver à exister. Or pour exister il faut être scientifique; être dans l’ordre de la preuve.
La parodontologie n’a existé qu’à partir du moment où l’expérience de Loë a montré une relation de causalité entre les bactéries et la gingivite. Qu’ensuite on découvre d’autres facteurs intervenant dans les maladies parodontales, c’est naturel…mais au départ il faut bien une étude scientifique. Bien entendu avant Loë des tas de cliniciens avaient observé que l’accumulation de plaque dentaire était liée aux maladies de gencive. Mais cela ne suffit pas. Je crains de devoir dire que nous attendons toujours l’expérimentation qui respectera les critères scientifiques et qui montrera la causalité de l’occlusion dans un certains nombre de DAM. Même si tous les cliniciens savent bien que des liens concrets existent. Le malheur pour l’occluso c’est que ceux qui devraient monter les expérimentations ont bien perçu la difficulté de la démarche, et devant l’urgence de monter leurs titres et travaux, préfèrent se contenter de travaux scientifiques pour dire qu’on ne peut rien dire. Et le plus étonnant c’est que des scientifiques, au lieu de s’offusquer de la maigreur ridicule de la démarche, trouvent des arguments pour se taire ou s’extasier devant une démarche dont la modestie confine à l’inutilité.
Ceux qui posent l’hypothèse scientifique de l’occlusion comme facteur causal de DAM doivent concevoir et mettre en place l’expérimentation princeps qui validera cette hypothèse. Hors de cela point de salut.
Pour ma part je pense que la voie utilisée par Kirveskari et Alanen pourrait servir de base. Mais c’était il y a 30 ou 40 ans et les comités d’éthique n’existaient pas.
Autre chose: bravo à ce blog. je souhaite qu’il facilite les échanges en occluso.
jeannine a dit:
nov 14, 2011
Merci Unger d’être passé par ce blog qui cherche effectivement à créer la discussion autour des relations entre occlusion et DAM. Tu as raison il faut prouver une relation de causalité entre les contacts dento-dentaires et les DAM. Mais ne crois tu pas que bien des travaux ont déjà été faits dans ce sens? Beaucoup d’études prouvent que les gouttières soulagent les DAM; or, une gouttière est une intervention occlusale et rien d’autre. les travaux de Kirveskari et Alanen que tu évoques ont prouvé il y a bien longtemps que l’occlusion était responsable des DAM. La question de Carlier est plus grave: comment se fait-il que l’OIM soit la position de référence par défaut pour toute l’odontologie? Penses-tu que l’adaptation (fonctionnelle ou dysfonctionnelle) que constitue l’OIM doive être remise en cause pour chaque patient? Bien des auteurs considèrent que la prise en compte de la RC serait plus génératrice de pathologies que le respect général de l’OIM fut elle dysfonctionnelle. La question semble tranchée par tous les « pontes »: l’occlusion ne serait qu’un facteur étiologique mineur (voire inexistants) des DAM. Mais c’est vrai que pour certains d’entre eux, dès qu’il y a douleur il y a DAM… parle-t-on des mêmes patients?
UNGER FRANCOIS a dit:
jan 21, 2012
Je reviens un peu tard chère jeannine mais j’avais un peu oublié ce blog qui pourtant s’enrichit très régulièrement. Je vais te confier que je n’adhère pas à l’idée que l’occlusion serait un facteur faiblement contributif à l’apparition ou l’aggravation des DAM. Le respect de l’OIM c’est la flemme que le soustend. Alors à ta question « Penses-tu que l’adaptation (fonctionnelle ou dysfonctionnelle) que constitue l’OIM doive être remise en cause pour chaque patient? » je répond oui. Mais remise en cause ne veut pas dire intervention.
rozencweig a dit:
fév 29, 2012
Récemment, j’ai suivi un débat radiodiffusé qui commentait une nouvelle étonnante. Des chercheurs pensent que certaines atteintes neurologiques (Parkinson, Alzheimer) pourraient avoir une origine virale ou infectieuse. Leur opinion se fonde sur des observations de malades parkinsoniens qui auraient été nettement améliorés après un traitement anti-infectieux. De nouvelles études mieux ciblées sont en cours.
Je rapproche cette analyse de l’évolution radicale de la théorie étiologique de l’ulcère de l’estomac, longtemps qualifié « d’ulcère de stress ». Cette conception fut totalement remise en question par la découverte du rôle prépondérant de l’infection par Helicobacter pylori.
Les bruxismes, et plus généralement les parafonctions, perturbent par leurs conséquences dentaires, musculaires, articulaires, l’équilibre cranio-mandibulaire. Même si aucune preuve scientifique formelle ne l’atteste, les cliniciens ont le sentiment qu’il porte une part de responsabilité dans les ADAM. Mais la genèse de ces parafonctions, souvent attribuée aux surtensions psychologiques, ne pourrait-elle pas également avoir une origine infectieuse ? Avis aux chercheurs : il y a peut-être une nouvelle option à fouiller pour lever le mystère de la bruxomanie.
Daniel Rozencweig
Jeannine a dit:
mar 1, 2012
Oui j’ai aussi entendu ces informations et j’ai même cru comprendre que l’autisme lui même pourrait être concerné par une prise en charge apr antibactériens. Il est certain que ce type d’information, si les confirmations arrivent, est de nature à remettre en cause bien des hypothèses diagnostiques. Et dans notre cadre clinique des DAM, où les implications neuromusculaires sont quasi constantes, de nouvelles voies de recherche seraient ouvertes. Comme on a vu régresser les indications de la psychanalyse devant les progrès de la pharmacologie et des connaissances sur les processus chimiques du cerveau, peut être verra-t-on diminuer les indications de prise en compte des facteurs psycho-affectifs des DAM au profit de nouvelles molécules ou pourquoi pas, d’anti-bactériens ou d’anti-viraux. Votre réflexion est particulièrement judicieuse et je vous en remercie. C’est en sortant des sentiers battus qu’on risque de trouver de nouvelles voies, et ce risque est à courir en toute confiance dans la mesure où l’on peut se tenir aux notions de démarche scientifique et de diagnostic.