Il est aujourd’hui admis que le bruxisme n’est pas causé par un désordre occlusal mais qu’au contraire, il est responsable de destructions occlusales qui peuvent contribuer ou aboutir à des DAM (dysfonction de l’appareil manducateur).

Cette opinion, qui ne saurait être considérée comme fondée sur des preuves, s’appuie pourtant sur quelques constatations fortes:

  • des modifications occlusales expérimentales n’aboutissent pas à créer un bruxisme durable,
  •  les observations en laboratoire du sommeil montrent que les muscles masticateurs ne sont pas les seuls concernés par les crispations et mouvements involontaires des patients,
  • des observations très anciennes rapportent le bruxisme à des désordres centraux graves (coma, epilespsie…)
  • les études actuelles sur le sommeil laissent à penser que le bruxisme serait lié (aucune relation de causalité n’est pour le moment avancée) à des phénomènes en rapport avec les médiateurs chimiques qui interviennent dans la régulation des phases du sommeil.

Tout laisse donc à penser que le bruxisme n’est pas lié à des informations périphériques (desmodontales, occlusales…) mais à des informations centrales. Et rien n’indique aujourd’hui que ces informations centrales à l’origine du bruxisme soient liées à des phases de stress ou des personnalités particulières.  www.ncbi.nlm.nih.gov/sites/entrez?db=pubmed&cmd=search&term=Lavigne+bruxism

 

Si l’occlusion n’est pas la cause du bruxisme, en quoi une gouttière occlusale pourrait-elle apporter une solution au problème?

La gouttière occlusale est utilisée, dans le cadre du bruxisme nocturne, pour limiter les destructions des faces occlusales. La résine interposée, moins dure que l’émail ou la dentine, est usée en priorité et protège donc les surfaces occlusales.

Quelle forme donner à la gouttière?

La gouttière occlusale de protection réalisée en cas de bruxisme peut être soit maxillaire, soit mandibulaire. Son emplacement sera fonction des rapports intermaxillaires et du degré d’usure des dents; l’objectif étant de n’être pas inconfortable ou instable.

La gouttière est réglée de telle sorte qu’elle établisse des contacts simultanés avec toutes les dents antagonistes en ORC, sachant que les mouvements latéraux de la mandibule devront absolument être pris en charge par les seules canines. (Ce qui peut aussi influencer le choix du maxillaire qui portera la gouttière)

Deux points doivent ici être explicités:

  • Dans le cas d’abrasions liées au bruxisme, il est fréquent, sinon systématique, d’observer une OIM serrée, emboîtée, précisément parce que les frottements ont créé cette IOM. Cette OIM est donc liée à la parafonction musculaire. Comme dans tous les cas qui mettent en évidence une dysfonction qui inclut l’occlusion, il est important de limiter les facteurs qui favorisent les crispations et contraintes mandibulaires. Il ne s’agit pas de dire que l’OIM perturbée est facteur de bruxisme, mais de faire en sorte que des crispations musculaires majorées par le bruxisme ne puissent pas avoir un rôle aggravant pour des DAM. Il est donc systématiquement recherché une position mandibulaire détendue (ORC) avant de réaliser une gouttière de protection; cette ORC servant de référence pour la fabrication et les réglages de la gouttière.
  • Les réglages de la gouttières doivent privilégier des désocclusions canines (guidages canins) que la gouttière soit maxillaire ou mandibulaire (Fig1 et 2).

Ce choix s’appuie sur le fait que différentes études ont montré que les déplacements mandibulaires latéraux guidés par les seules canines engagent moins de muscles que les guidages latéraux avec contacts entre toutes les dents cuspidées homolatérales. De plus, les travaux de Lauret et Le Gall rappellent que le mouvement centripète mandibulaire, s’il ne prend appui que sur les canines, ne met pas en tension l’ensemble des muscles élévateurs de la mandibule comme on l’observe dans un mouvement de mastication (ou de bruxisme).

Un point complémentaire doit être évoqué: faut-il compenser l’usure de la gouttière au fur et à mesure que le bruxisme fait ses ravages? (Fig 3)

La réponse est oui. Une gouttière de protection contre le bruxisme peut s’user très rapidement et souvent, en quelques semaines ou mois, sa surface occlusale n’a plus rien à voir avec ce qu’elle était lors des réglages initiaux. Parfois des trous apparaissent. Il est donc utile d’apporter régulièrement de la résine sur la face occlusale d’une gouttière de protection. Et là encore l’ORC et les « protections canines » seront les clefs du réglage.