Présentation du cas

Une patiente de 48 ans consulte pour de fortes douleurs des régions des ATM, accompagnées de céphalées. La tableau clinique est installé depuis plusieurs années. Les soins dentaires et prothétiques ont selon elle aggravé la situation. Une imagerie IRM demandée par le médecin. (Fig a et b)

 met en évidence une luxation discale irréductible à droite et un déplacement discal incomplet à gauche. La douleur aboutit à une forte limitation de la motilité mandibulaire qui, cliniquement, ne permet pas de retrouver à la palpation une luxation réductible à gauche. La douleur est provoquée à la mastication et lors du serrage des dents; situation très fréquente car la patiente est très stressée, l’inquiétude au sujet des céphalées renforçant les difficultés. Le test de Krogh Poulsen, pratiqué avec précaution, met en évidence une sensibilité bilatérale d’ordre musculaire et articulaire.

Dans un premier temps il est décidé de réaliser une orthèse pour détendre la mandibule sans chercher à replacer le disque luxé depuis très longtemps. L’anamnèse ne mettant pas en évidence un accident (mastication ou bâillement) ni trauma permettant d’expliquer la luxation discale, il faut envisager un rôle des muscles insérés sur le disque dans l’apparition progressive  du désordre articulaire. L’examen occlusal en OIM montre que seuls un ou deux couples molaires établissent des contacts. Le grand surplomb, même en OIM, est tel qu’on peut imaginer que la musculature mandibulaire, pour obtenir une certaine stabilité, oscille en permanence entre un contact canin et un contact molaire controlatéral, situation on le sait particulièrement pathogène.

L’orthèse, en résine dure, placée sur les dents mandibulaires, a pour objectif premier de rétablir des contacts stabilisant sur le plus grand nombre de dents possible. L’idéal est de recréer un contact jusqu’aux canines. Dans le cas présent la dimension du surplomb, accentué par le recul en relation centrée, nécessite de donner une certaine épaisseur à la gouttière et de créer des butées canines. Pour certains cliniciens il est préférable dans ces situations de réaliser une orthèse maxillaire qui permet de combler plus facilement le surplomb. En fait des deux options sont possibles. Dans ce cas les contacts sont rétablis en ORC (du jour du réglage) sur toutes les dents cuspidées et avec les canines.

La patiente décrit durant la séance de réglage de l’orthèse une amélioration rapide. Revue une semaine plus tard, les douleurs ont disparu, de même que les difficultés articulaires. La motilité mandibulaire est quasi normale. Quelques meulages d’équilibration très sont apportés à l’orthèse pour parfaire le calage occlusal qui assure donc simultanément le centrage mandibulaire. La patiente à qui l’on avait conseillé un port nocturne de l’orthèse a en fait souhaité porter son orthèse en permanence car elle constate, dès qu’elle la dépose, le retour de crispations dans la position mandibulaire pathogène: elle redoute l’apparition des douleurs. Lorsque nous demandons à la patiente de quitter l’orthèse et de reprendre la position d’OIM, nous observons qu’elle éprouve effectivement les plus grandes difficultés à établir les contacts dento-dentaires antagonistes postérieurs et signale des contraintes au niveau des ATM.

Nous conseillons à la patiente de maintenir l’orthèse pendant plusieurs semaines avant de réévaluer la situation. Ce suivi a duré finalement plusieurs mois et la situation asymptomatique a été maintenue à la grande satisfaction de la patiente.

Les illustrations montrent les modèles en OIM, puis l’orthèse en place, et enfin, la situation spatiale des arcades correspondant à la situation orthèse en place.

Quelle restauration proposer à cette patiente? L’orthodontie est-elle indiquée? La prothèse peut-elle rendre service? Comment enregistrer la position mandibulaire qui servira de base à la réflexion qui établira le plan de traitement? Peut-on laisser l’orthèse en place pendant des années?