La dernier numéro des Cahiers de prothèse propose un article de M. Jaisson, S. Felenc et O. Nocent sur un thème crucial: « La gestion de l’occlusion par les systèmes CFAO: les critères de choix ». Il faut féliciter les auteurs et la revue de publier ce papier car l’avenir passe par la modélisation numérique de l’occlusion, même si cet article souffre d’être un peu touffu. Est ce la discipline qui veut ça? Ne peut-on pas parler d’occlusion simplement? Il faut reconnaître que l’exercice est difficile, d’autant qu’il constitue un piège pédagogique dans la mesure où les auteurs rediscutent les différentes situations cliniques en fonction des déterminants de l’occlusion (supposées identifiées par la formation initiale et vécues lors de la pratique clinique). Néanmoins les lecteurs pourront confronter leurs connaissances par rapport aux propositions des auteurs, ce qui n’est pas sans intérêt.

Nous avons apprécié que cet article expose simplement les moyens de numériser les conditions occlusales et les outils qui permettent d’en extrapoler les différentes modalités (statiques, cinétiques et dynamiques): l’analyse géométrique, le mordu occlusal, l’empreinte vestibulaire, couplée avec l’empreinte optique des secteurs antagonistes, et le FGP.

Pour ce qui concerne l’articulateur virtuel, même si la publication de Toubol et Duret est citée, nous aurions aimé que le rôle pionnier de ce dernier auteur soit souligné pour le domaine qui nous intéresse: c’est lui qui a imaginé le premier articulateur virtuel et travaillé sur les implications occlusales de la CFAO. Nous aurions aussi aimé que O. Nocent, MCU en informatique, nous ouvre les portes des réflexions qui aboutissent aux différents algorithmes qui animent les articulateurs virtuels de telle ou telle marque.

L’article des cahiers de prothèse précise, à juste titre, qu’il existe « des phénomènes presque imperceptibles qui ne sont pas pris en compte par les simulateurs » (numériques ou mécaniques). Mais, puisque la technique FGP a été signalée, il nous semble que les auteurs auraient pu se faire l’écho de l’exploitation de situations fonctionnelles, validées par des prothèses provisoires (et intégrant les « phénomènes imperceptibles »), pour l’élaboration d’équivalents géométriques de mouvements tels que la table incisive personnalisée ou les fosses temporales de TMJ. Ou nous en signaler les difficultés ou impossibilités, si elles existent.

Enfin, compte tenu de l’importance du sujet traité nous nous proposons deux réflexions qui nous semblent manquer à ce texte quant au potentiel diagnostic de l’empreinte optique:

1- La première phrase de l’article dit que « l’objectif essentiel de la gestion de l’occlusion est l’obtention de prothèses parfaitement intégrées au système manducateur… » Certes! Mais en amont de cette réalité il y a tout le domaine du diagnostic occlusal: l’OIM de mon patient est-elle précise et reproductible? Est-elle asymptomatique? Est-elle liées à des désordres musculo-squelettiques régionaux ou à distance? Il nous semble qu’un des apports capitaux de la modélisation numérique de l’occlusion, à partir de l’empreinte optique, se verra dans le domaine diagnostic et que cet enjeu devrait être signalé.

2- Les auteurs précisent que les déterminants de l’occlusion sont constitués de facteurs fixes alors que d’autres sont modifiables; et parmi les facteurs fixes ils citent « la relation mandibulo-maxillaire ». Nous sommes surpris de cette proposition car s’il est un facteur éminemment modifiable n’est ce pas précisément la relation mandibulo-maxillaire? Ces modifications sont impliquées dans de très nombreux DAMs (15% de la population générale?) et c’est là que le praticien peut attendre des progrès des systèmes CFAO. L’aspect progressiste de la CFAO est mieux intégré, semble-t-il, par les prothésistes dentaires que par les chirurgiens dentistes.

A vos yeux, la CFAO, et en particulier l’empreinte optique , va-t-elle modifier votre potentiel diagnostic en matière d’occlusion et de DAMs?