Compte tenu de la médiatisation anarchique d’informations non scientifiques concernant l’occlusion dentaire, il est important pour le praticien de ne pas évoquer  l’occlusion avec certains patients ou d’en parler avec circonspection, même si l’anamnèse et l’examen occlusal restent indispensables pour tous. En fait, c’est au moment du contact initial avec les patients que le contrôle verbal du praticien doit être précis. Il convient de distinguer 3 types de patients.

1- Le patient ordinaire qui consulte sans plainte occlusale ou de désordre musculo-squelettique. L’anamnèse bien entendu entendra d’éventuels signes ou symptômes de l’appareil manducateur ou de pathologies connues de la sphère oro-faciale. Cependant, quels que soient les éléments recueillis (et qui seront notés dans le dossier) le praticien ne doit pas faire référence à une causalité potentielle de l’occlusion. Les soins dentaires seront faits en veillant à la qualité fonctionnelle de l’occlusion, sans en faire état.

2- Le patient consulte pour des soins dentaires classiques et se plaint de désordres musculo-squelettiques régionaux ou à distance. L’anamnèse s’attachera à connaître tous les éléments qui permettraient d’imaginer une relation avec l’occlusion. Mais là encore ce processus diagnostic ne doit pas être évoqué au patient d’autant que rien ne permet d’affirmer scientifiquement une relation causale entre la situation occlusale du patient (quels que soient les désordres observés) et ses troubles musculo-squelettiques. Quand le patient a des difficultés de compréhension, ou quand il souffre d’une errance diagnostique, ou quand une certaine fragilité psychologique fait de lui un inquiet chronique au sujet de sa santé, évoquer cette relation de causalité sans pouvoir l’affirmer, aboutit à cristalliser son intérêt ou son angoisse sur une question insoluble pour lui. C’est au praticien de poser un diagnostic et de l’assumer et non au patient. Là encore l’ensemble des observations cliniques et des réponses du patient sont notées dans le dossier avec l’hypothèse diagnostique retenue. Si le praticien estime qu’une intervention occlusale doit être envisagée, elle ne doit pas être verbalisée sous l’angle occlusal dont on a rappelé le manque de support scientifique, mais sous l’angle musculo-squelettique : on parle de la position de la mandibule ou du crâne, des relations entre les muscles et les articulations, mais pas avec un vocabulaire strictement dentaire.

3- Le patient consulte pour des désordres musculo-squelettiques ou non spécifiques (vertiges, acouphènes, troubles oculomoteurs, douleurs localisées à distance…) en évoquant explicitement un rôle causal de son occlusion. Il s’agit donc d’un patient qui a fréquenté bon nombre de praticiens, chirurgiens dentistes ou autres, qui s’est documenté sur internet, et qui a subi de plein fouet les clichés journalistiques sur l’occlusion. Il faut savoir écouter ce patient qui vient avec une longue histoire (souvent écrite) et prendre note de tous les éléments contrôlables ; l’objectif étant toujours de forger une hypothèse diagnostique. Non seulement le praticien ne doit pas reprendre le terme d’occlusion, mais il faut en plus qu’il bouscule le patient dans ses certitudes :

–        qu’est ce que c’est que l’occlusion pour vous ? »

–        qu’est ce qui vous laisse à penser que l’occlusion est responsable de ces troubles ? »,

et même de prendre son contre pied :

–        vous savez, il n’y a aucune preuve scientifique que l’occlusion peut être responsable des troubles que vous me signalez »,

–        vous avez déjà vu de nombreux thérapeutes sérieux et aucun n’a pu vous soulager durablement, je n’ai donc pratiquement aucune chance d’y parvenir ».

C’est avec ce genre d’interventions que le praticien peut se faire une idée claire sur la personnalité et les attentes du patient, de son degré d’objectivité ou de son conditionnement journalistique, de son niveau d’inquiétude, de dépression et de confiance.

Il y a des patients qui sont inaccessibles à nos thérapeutiques même s’ils disent le contraire. Il convient de les dépister et de leur expliquer calmement et positivement ; c’est à dire en leur proposant une alternative non occlusale. Parler d’occlusion avec un patient c’est prendre le risque d’incompréhensions ou pire, de l’engager dans une quête dont on sait qu’elle n’a pas, dans certains cas, de validation scientifique. Il faut donc être très prudent avant d’évoquer le concept d’occlusion et faire un effort pour adapter le vocabulaire à chaque situation clinique, à chaque personne.

 Voulez vous encore parler d’occlusion à vos patients ?