« Le calage occlusal signifie stabilité intra-arcade et inter-arcade » (1)

Cette définition est précisée par 4 critères :

  • concordance des arcades antagonistes
  • continuité intra-arcade par les contacts proximaux créant une grande stabilité sagittale
  • stabilité sagittale : contacts occlusaux de pans opposés : mésial / distal (1 dent sur 2 dents)
  • stabilité transversale : contacts occlusaux de pans opposés : vestibulaire / lingual. (fig 1) 

Une telle approche présente-t-elle un intérêt quelconque pour l’évaluation clinique d’un patient ? Oui, si l’on en croit l’auteur cité en référence car l’examen de la fonction de calage répondrait à la question « quelle est la qualité de l’OIM ? »

Une analyse critique de cette vision passe par la réaffirmation d’informations cliniques simples.

 

1-      A l’exception des très grands édentements ou d’édentements intercalaires (situations rares) il existe toujours un calage en OIM : il suffit de demander au patient de serrer ses dents (quel qu’en soit le nombre) pour qu’il trouve un calage, par ailleurs à peu près observable sur les moulages en plâtre de ses arcades. Même dans le cas de la simple subsistance des secteurs antérieurs il existe un calage.

2-      Quel calage doit-on évaluer dans le cadre de l’examen occlusal ? Aucun clinicien ne doute de l’importance de contacts tripodiques simultanés sur le plus grand nombre possible de dents cuspidées. Mais ce calage, en soi, n’a pas plus d’importance qu’une simulation pédagogique sur modèles théoriques (pris d’ailleurs comme illustration dans l’ouvrage cité !). Et d’ailleurs, l’auteur perçoit bien que cette exigence morphologique de calage n’a pas grand intérêt : ce qui compte, et nous sommes d’accord, c’est « l’inter-relation entre anomalie de centrage et anomalie de calage ». Oui le calage important c’est le calage mandibulaire et non le calage dento-dentaire. Peu importe que les dents établissent un calage par tel ou tel pan cuspidien, 1 dent sur deux dents ou 1 dent sur 1 dent, par des contacts tripodiques ou des surfaces occlusales abrasées. Peu importe même le nombre de dents qui établissent ce calage pour peu que ce calage soit fonctionnellement adapté au centrage articulaire. Oui c’est le calage mandibulaire qui doit être observé, analysé, validé et au besoin modifié quand on prend en charge un patient.

3-      Comment évaluer le calage mandibulaire ? Le calage mandibulaire ne s’évalue pas en interposant des papiers à articuler entre les arcades, pas plus qu’en observant la morphologie des dents antagonistes. Pourquoi ? Parce qu’un patient, en serrant les dents plus ou moins fort, en déplaçant plus ou moins les dents dans leurs alvéoles, en déformant plus ou moins le corps mandibulaire, en établissant plus ou moins de contraintes sur les surfaces articulaires des ATMs, aboutit toujours (sauf les quelques cas extrêmes déjà cités) à un calage mandibulaire. Les points bleus des cuspides supports, pas plus que les feuilles de Shimstock® coincées entre les arcades ne donnent une information quelconque sur la validité clinique de la position mandibulaire ainsi obtenue. Le calage mandibulaire s’évalue en observant ce qui se passe, d’une part, au niveau articulaire, et d’autre part au niveau musculaire, quand la mandibule passe de la position du premier contact occlusal à la position obtenue par serrage en OIM. Non pas chez les patients pathologiques mais chez tous les patients.

4-      Quels sont les défauts de calage les plus pathogènes. Les défauts de calage mandibulaire créent des contraintes musculo-articulaires. Les béances et les surplombs sont à l’évidence, dès qu’un glissement existe entre OIM et ORC, les pourvoyeurs les plus constants des défauts pathogènes de calage mandibulaire : les palpations articulaires et musculaires, entre OIM et ORC, en donnent l’illustration flagrante pour le premier clinicien venu. Ces situations sont responsables, au total, d’un déficit de calage postérieur bilatéral simultané, aussi bien dans le plan sagittal que frontal. (fig 2) Mais il existe selon notre expérience un décalage mandibulaire bien plus pathogène, et à vrai dire quasiment toujours à l’origine de pathologies mandibulaires invalidantes : nous voulons parler des contacts inter-canins et intermolaires unilatéraux croisés. (fig3) (Pire du calage et calage du pire) Cette situation très préjudiciable est souvent masquée par des prothèses amovibles (mais aussi fixées) (Fig 4).

Et, vrai dire, à quoi sert l’interposition d’un papier à articuler entre les arcades en OIM? A voir que des dents touchent? En OIM il y a toujours des dents en contact. Les marques de papier encré donnent-elles une indication sur la fiabilité clinique de l’OIM?

« Quand le sage montre la mandibule, l’idiot regarde la cuspide » (proverbe chinois)

Bibliographie

1- J.D. Orthlieb  Gnathologie Fonctionnelle. Vol 1 2010 CdP edit