Les ATMs, articulations suspendues présentent un jeu vertical important et physiologique entre la position de repos et la position d’occlusion. Ce jeu est fonction de l’élasticité des disques et de l’ensemble des tissus articulaires. Le test de laxité articulaire de Gerber (cité par Rozencweig  dans son ouvrage « Algies et dysfonctions de l’appareil manducateur » comme test de Kundert-Gerber) permet d’évaluer l’élasticité (ou la résilience) de chaque ATM. Ce test peut présenter un intérêt diagnostic quand se pose la question de la fonctionnalité de l’articulation. On estime qu’un espace intra-articulaire trop réduit, voire nul, peut être responsable de difficultés fonctionnelles, de douleurs, d’arthrite  ou d’arthrose. Ce test peut aussi contribuer à programmer les articulateurs (en particulier le condylator de Gerber) sur lesquels peuevnt être construites les orthèses ou les restaurations prothétiques destinées à stabiliser une situation articulaire pathologique.

Le test s’applique à l’une puis l’autre ATM. Pour être effectué dans de bonnes conditions le patient doit disposer de molaires correctement disposées ou de prothèses à extrémités stables. Pour évaluer la résilience articulaire droite on dispose une cale de 0.3mm (feuille métallique ou plastique) entre les molaires du coté gauche. Cette surocclusion, si l’on demande de serrer, provoque une rotation mandibulaire dans le plan frontal qui peut aboutir à retrouver des contacts occlusaux du coté droit. Ce contact est matérialisé par un film d’occlusion fin (Shimstock de 0.05mm) qui est retenu entre les molaires droites.  Le test est répétéen augmentant l’épaisseur de l cale jusqu’à ce que la feuille de Shimstock ne soit plus retenue. Le rétablissement des contacts occlusaux serait permis par la résilience des tissus articulaires (en particulier du disque) qui se déformeraient jusqu’à ce que l’occlusion des molaires droites stoppe la remontée mandibulaire. On considère qu’une cale de 0,3 à 0,6mm (une à deux feuilles d’étain) interposée d’un coté de l’arcade, n’empêche pas, normalement, un adulte, sous contraction des muscles masticateurs, de retrouver des contacts molaires du coté opposé. Ce chiffre peut atteindre 0.9mm pour un enfant et diminue avec l’âge. La résilience articulaire peut varier d’un coté à l’autre et doit donc être mesurée pour chaque ATM.

A partir de ce test, Gerber et Steinhardt (1989) ont proposé une méthode de programmation (Vario)de leur articulateur (Condylator Gerber) pour adapter la restauration prothétique à chaque situation de résilience articulaire. La logique a été étendue jusqu’aux états pathologiques des ATMs, la programmation de l’articulateur visant à rectifier la position d’un condyle ou soulager le disque en augmentant la hauteur de l’espace intra-articulaire et l’inclinaison du trajet condylien sagittal.

Pour ma part, même si la réalité de l’orthopédie mandibulaire décrite me semble avérée, j’ai quelques difficultés à prendre pour argent comptant les mesures infra-millimétriques qui sont en jeu. D’autant que, ni la notion d’enfoncement des dents dans leurs alvéoles, ni celle de déformation du corps mandibulaire ne sont évoquées. De plus le glissement mandibulaire hors de l’OIM est aussi possible.

Je n’ai donc jamais été réellement tenté d’utiliser le test de Gerber. Mais, désireuse de progresser, je suis demandeuse d’entendre les arguments des praticiens qui utilisent ce test (ou ne l’utilisent plus).

Quels enseignements cliniques concrets tirez vous du test de Gerber? Utilisez vous ces informations pour programmer un articulateur, soit pour réaliser une orthèse, soit pour optimiser vos réalisations prothétiques? Vos expériences nous serons utiles. Merci.