Une des difficultés majeures de la prise en charge des DAMs est d’évaluer l’importance d’une dépression plus ou moins masquée du patient, ainsi que son niveau d’anxiété. Les praticiens savent combien il est facile de s’engager, en toute bonne foi, dans la prise en charge d’un patient qui décrit précisément des symptômes de DAM et en présente quelques signes douloureux, mais chez lequel on distingue une certaine fragilité psycho-émotionnelle. Le risque est grand, soit de se lancer dans le traitement du DAM sans prendre en compte le fond dépressif ou anxieux, soit de ne pas prendre en compte les plaintes organiques du patient au motif qu’il devrait d’abord consulter un psy.

Le chirurgien dentiste, qui n’est pas un psychiatre, doit malgré tout, dans le cadre de son diagnostic différentiel de douleurs liées aux DAMs, faire la part des choses pour répondre à la demande du patient: vais-je le soulager par des moyens odontologiques ou est-il préférable le référer à son médecin traitant? Le chirurgien dentiste doit donc disposer d’un outil diagnostic simple qui lui permette une certaine évaluation psycho-émotionnelle de son patient. L’ANAES a proposé en 1999 un « questionnaire » destiné au patient pour permettre de connaître ses réactions face à 14 situations courantes. Pour chacune de ces situations un gradient de 4 niveaux (par exemple: la plupart du temps- souvent- de temps en temps- jamais) est proposé au patient qui est invité à répondre rapidement: « votre réaction immédiate fournira une meilleure indication qu’une réponse longuement modifiée ». Les questions s’adressent soit à des marques de dépression soit à des marques d’anxiété. Les totalisations des réponses permettent d’établir un score orientant vers une composante dépressive ou une composante d’anxiété, et d’en évaluer la sévérité. Ce questionnaire est disponible sur le site de la HAS dans le document en lien ci dessous (page 23)

http://www.has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/douleur1.pdf

Les situations proposées pour orienter vers la composante dépressive sont les suivantes:

– Je prends plaisir aux mêmes choses qu’autrefois

– Je ris facilement et je vois le bon coté des choses

– Je suis de bonne humeur

– J’ai l’impression de fonctionner au ralenti

– Je ne m’intéresse plus à mon apparence

– Je me réjouis à l’avance de faire certaines choses

– Je peux prendre plaisir à un bon livre ou à une bonne émission de radio ou de télévision.

Les situations proposées pour orienter vers la composante d’anxiété sont les suivantes:

– Je me sens tendu ou énervé

– J’ai une sensation de peur comme si quelque chose d’horrible allait m’arriver

– Je me fais du souci

– Je peux rester tranquillement assis à ne rien faire et me sentir décontracté

– J’éprouve des sensations de peur et j’ai l’estomac noué

– J’ai la bougeotte et je n’arrive pas à tenir en place

– J’éprouve des sensations soudaines de panique

On sait qu’il est commun de rencontrer des difficultés de motilité mandibulaire dans le cadre des dépressions (augmentées par certains médicaments de la dépression). On connait aussi les douleurs de type brûlure des muqueuses buccales souvent décrites par les patients déprimés. La prise en charge de la dépression relève avant tout des médicaments. L’anxiété, de son coté, est souvent à l’origine de difficultés de déglutition qui peuvent être observées dans le cadre de DAMs. Le médecin traitant des patients anxieux concernés sait bien que, si la plainte se rattache à l’histoire personnelle ou familiale, surtout quand les évènements se répètent, il est possible qu’une psychothérapie puisse rendre service. Si par contre les troubles anxieux ne s’inscrivent pas dans un tel contexte, la prise en charge médicamenteuse suffit le plus souvent. Il faut par ailleurs garder à l’esprit que 50% des troubles anxieux s’accompagnent de dépression et que 50% des épisodes dépressifs génèrent de l’angoisse.

Dépression ou anxiété ne font pas partie du champ clinique d’intervention des chirurgiens dentistes. Cependant la fréquence des DAMs, pour lesquels une composante dépressive ou anxieuse peut être suspectée, incite l’odontologiste à les évaluer pour travailler de conserve avec le médecin traitant. Dans ce but, le « questionnaire » de la HAS est un outil facile à utiliser.

Sans oublier qu’un diagnostic errant, en particulier de DAM, est en lui même anxiogène.