Présentation du cas

La patiente (40 ans) consulte en urgence pour une douleur latérale gauche. Elle redoute une carie mais ne peut désigner aucune dent causale. La douleur concerne aussi bien les dents postérieures maxillaires que mandibulaires. La douleur diffuse sur tout le coté de la tête. L’anamnèse, qui ne rapporte aucun évènement bucco-dentaire récent, permet de retrouver une histoire ancienne de « migraines » traitées plusieurs fois par mois par des médicaments anti-migraineux. L’examen des dents et du parodonte ne met en évidence aucune atteinte dentaire ou gingivale qui pourrait expliquer la douleur.
La palpation des masséters gauche est douloureuse d’autant que ces muscles sont volumineux et tendus. L’ouverture buccale est limitée. Le test de Krogh Poulsen indique un désordre musculaire gauche.
La manipulation mandibulaire douce n’est pas facile. Cependant, en prenant les précautions d’usage, une certaine détente commence à apparaître permettant d’objectiver une incertitude de la position mandibulaire en fermeture manipulée. Finalement, dans les limites données par les crispations existantes, la manipulation mandibulaire permet un net recul qui aboutit à un contact prématuré entre 17 et 46 dont la patiente n’avait aucune conscience, la 16 étant délabrée depuis plus de 15 ans.
Nous expliquons que les douleurs, dans la plupart des cas, sont le résultat de la conjonction de la malocclusion et d’une période de stress qui engendre un serrage dentaire prolongé, nocturne et souvent diurne, qui est en cause. La patiente nous précise alors qu’elle vit effectivement depuis 3 jours une période particulièrement tendue car le système informatique de l’entreprise qu’elle dirige est en panne.
Bien que la décontraction mandibulaire ne soit que partielle, et compte tenu du fait que cette patiente nous est connue depuis longtemps (voisine), nous nous autorisons à entreprendre d’emblée une équilibration. Cette équilibration grossière, de première intention, vise d’abord à corriger la prématurité observée entre 17 et 46.
A la suite de ces meulages sélectifs apparaissent des contacts prématurés, en ORC approchée, sur les incisives et canines mandibulaires. Nous les rectifions. La patiente décrit alors une sensation nouvelle de confort. Elle est fort surprise que de si petites retouches occlusales puissent aboutir à une telle différence de ressenti. Nous lui donnons rendez vous une semaine plus tard pour un contrôle de la situation.

Faut-il être optimiste sur son soulagement? Ce soulagement sera-t-il durable? Peut-on affirmer le rôle causal du désordre occlusal dans les douleurs cranio-faciales décrites?