J’ai reçu hier une jeune patiente de 21 ans adressée par un confrère pour un désordre ATM. L’anamnèse met en évidence une histoire tellement simple et tellement classique que je dois vous la raconter. Tellement triste aussi! En juin 2011 la patiente reçoit une grosse obturation à l’amalgame sur 37 (chez un dentiste d’urgence sur une dent douloureuse avant de partir en vacances dans sa famille en Algérie).  En septembre 2011 elle se plaint à son médecin généraliste de douleurs mastoïdiennes gauches et d’un décalage de la mâchoire. Le médecin, ne trouvant rien, l’adresse pour avis à l’ORL et au stomato. Ce dernier décide d’extraire les 4 dents de sagesse sous AG. Les extractions n’apportent aucun soulagement. Au contraire les douleurs commencent à diffuser sur l’hémiface gauche. Le médecin généraliste met la patiente sous antalgiques, conseille de voir un ostéopathe (qui ne soulage pas) puis le dentiste. Celui ci dépiste une discrète luxation discale réductible gauche, non douloureuse, peut être consécutive aux manoeuvres d’extraction des dents de sagesse sous AG. C’est à ce titre qu’il me l’adresse.

La palpation et l’examen de la motilité mandibulaire montrent que la luxation n’a aucun caractère de gravité. Par contre on retrouve une crispation importante du masséter gauche, sensible à la palpation. Le test de Krogh Poulsen indique une atteinte musculaire gauche. Heureusement la mandibule reste à peu près manipulable et la recherche de l’ORC peut se faire. Elle met en évidence un contact unique postérieur gauche. A l’examen des arcades on distingue nettement un impact brillant, creusé assez profondément, sur la face strictement plane du gros amalgame qui obture 37. Visiblement cet amalgame a été mis en place d’un coup de doigt, sans même demander à la patiente de refermer la bouche. L’OIM n’y est pas inscrite. Une équilibration simple creusant la fosse centrale sur l’amalgame de 37 fait dire à la patiente qu’elle se sent mieux et que la douleur de sa joue a diminué. A la manipulation l’ORC et l’OIM sont quasiment identiques. Une seconde retouche mineure sur 25 et la patiente annonce qu’elle sent à nouveau ses contacts sur les deux cotés des arcades. Elle m’interroge pour savoir si sa mâchoire va se recentrer et m’explique qu’elle avait noté le décalage de points inter-incisifs depuis septembre. Je lui tend le miroir et elle observe que ce décalage n’existe plus. (Il était largement inférieur à 1 mm). Je demande qu’elle me recontacte si des douleurs réapparaissaient.

Cette histoire simple, quotidienne, est l’empilement de carences que je trouve effrayantes:

1- Défaut d’adaptation de l’amalgame par le premier chirurgien dentiste

2 – Défaut de diagnostic chez le médecin, le stomato, l’ostéopathe et le second chirurgien dentiste

3- Extraction inutile des dents de sagesse

4- Consommation inutile d’antalgiques

Voila je crois un exemple emblématique de la misère de la médecine et de l’odontologie qui veulent ignorer l’occlusodontologie. Pour ne pas sculpter un amalgame (ou pour ne pas savoir repérer ce défaut) on met en route une cascade thérapeutique disproportionnée, coûteuse, et falsificatrice. Je n’ose pas imaginer ce que serait devenue la prise en charge de cette patiente si l’occlusion n’avait pas été prise en compte. Quand ou écoute les plaintes des patients sans chercher à en diagnostiquer les éventuelles causes lésionnelles on tombe dans la bobologie: la douleur devient  le fond de commerce d’une médecine qui, par les progrès de l’hygiène, de la vaccination et des attitudes préventives, voit disparître un grande partie de son objet. Et aussi par l’angoisse de judiciarisation qui pousse à la non-intervention.

Pensez vous que la formation initiale soit en cause dans ces carences?

Pensez vous que la formation continue obligatoire, visant à développer la prise en charge de la douleur en odontologie, favorise l’abandon de la dentisterie opérationnelle?