Madame Marylène R. 57 ans consulte en octobre 2010, adressée par une orthoptiste qu’elle avait consultée à la demande de son médecin traitant. L’orthoptiste avait indiqué par courrier de juin 2010 au médecin: « Notre bilan met en évidence une neutralisation de l’oeil gauche avec dynamique oculaire difficile, qui se normalise lorsque la bouche est calée. La patiente l’a parfaitement bien ressenti pendant le bilan, avec la disparition des efforts nécessaires à la fixation et des larmoiements. Elle va donc refaire le point avec son dentiste et revoir l’occlusion. Si ce n’est pas suffisant je la reverrai ».

La patiente, lors de notre consultation initiale fait état de travaux dentaires multiples qui ont été suivis d’une sensation de « brûlure au dessous des yeux », « d’yeux qui pleurent en permanence » ce qui pénalise sont travail méticuleux de monteuse de pièces électroniques fines. La patiente signale également être spasmophile et « avoir l’impression d’une langue trop longue qui colle fortement au palais et trop contractée ». La motilité mandibulaire est normale. La décontraction mandibulaire est approximative ( les masséters sont volumineux) et il n’est pas possible de mettre en évidence de façon fiable un éventuel décalage entre ORC et OIM.

Nous réalisons une orthèse mandibulaire de décontraction avec contacts simultanés en ORC sur toutes les cuspides supports et le canines. La gouttière est portée uniquement la nuit et après 2 réglages mineurs la décontraction mandibulaire obtenue; la patiente nous signale une disparition de tous les symptômes oculaires et le retour du confort lingual. Nous lui demandons de poursuivre le port de l’orthèse jusqu’au contrôle chez l’orthoptiste. Début 2012 celle ci nous adresse le courrier suivant:

« Après 2 mois de port de son orthèse la patiente ressent une réelle amélioration: les rougeurs oculaires ont quasiment disparu, les brûlures ont bien diminué, beaucoup moins de fatigue visuelle.

Sur le plan sensoriel, les relations binoculaires sont tout à fait satisfaisantes avec une amplitude de vision relativement bien symétrique et équilibrée, sans larmoiement. Persistance d’une très légère neutralisation alternante en convergence de loin, sans conséquence.

Sur le plan moteur: le parallélisme est parfait avec une orthophorie de près et de loin. Disparition de l’exophorie. Le PPC est normal à 3 – 4cm de la racine du nez. La motricité oculaire conjuguée est bien améliorée: quelques clignements dans le relâchement de la convergence, quelques mouvements mandibulaires compensatoires dans les saccades (qui sont encore améliorés avec le port de l’orthèse).

Conclusion: le port de l’orthèse a permis de réduire considérablement le déséquilibre binoculaire, voire de le corriger. Il semble tout à fait suffisant, la rééducation orthoptique n’est donc pas nécessaire. »

On se doit d’imaginer que cette situation pourrait être concomitante d’autres modifications (posturales, comportementales, psycho-sociales…) qui pourraient expliquer l’amélioration constatée; et relativiser la relation occlusion-oculomotricité.

Le hasard a voulu que la patiente nous apporte fortuitement une autre donnée clinique importante. Pour les fêtes de fin d’année, elle est partie pour une semaine chez ses enfants; et comme tout allait bien elle a décidé de ne pas emmener sa gouttière avec elle. Elle nous a dit l’avoir amèrement regretté car les signes et symptômes à l’origine de la consultation avaient repris après 48heures. Et lors de la reprise de sa gouttière les signes et symptômes ont à nouveau cessé.

Peut-on dire qu’il y a une relation causale entre les contacts occlusaux de cette patiente et ses désordres oculaires?