Madame Aurélie C. 31 ans, militaire, consulte en janvier 2012 de la part de son chirurgien dentiste pour un désordre qu’elle décrit comme « la mâchoire qui se décale et bouche les oreilles ». Lors de l’entretien clinique, la patiente se dit tendue, en particulier depuis la naissance de sa dernière fille (il y a 6 mois) qui est atteinte d’une pathologie lourde qui a contraint la famille à venir habiter pendant 2 mois près du centre hospitalier qui traitait l’enfant.

La patiente met en relation des déplacements dentaires spontanés avec l’émergence de désordres ORL il y a 3 ans. La 12 se serait déplacée, sans cause connue, ce qui l’a amenée à faire réaliser une prothèse sur cette dent pour la réaligner en septembre 2011.

Sans que le confort ne soit jamais revenu. La sensation d’oreille bouchée s’aggravant, un examen ORL est pratiqué à la même époque. Sans résultat particulier non plus. Des céphalées s’installent à partir de septembre 2012. Le médecin ne propose pas de prise en charge capable de soulager ces maux de tête. Enfin, la patiente perçoit de nouveaux contacts sur les dents antérieures (secteur 20 et 30) qui la perturbent et qui lui paraissent responsables de ses problèmes otologiques. Elle parle de crépitations des ATMs.  Ce qui frappe surtout c’est que la situation est très perturbée par l’absence de diagnostic. Une inquiétude est palpable, exprimée aussi bien par la patiente que par son mari, très impliqué dans le souhait de voir sa femme se rétablir. Ils disent clairement que leur vie est intenable depuis septembre à cause de ces sensations d’oreilles bouchées et des déplacements dentaires que personne ne prend en compte. La situation a été transitoirement améliorée pendant 5 jours de prise de Myolastan prescrits par leur médecin. On imagine bien que l’inquiétude vis-à-vis de l’avenir de leur bébé malade n’est pas étrangère à leur mal être. Ils en conviennent volontiers.

L’examen clinique met en évidence une asymétrie faciale assez nette. La palpation du pôle externe du condyle droit est sensible de même que les insertions hautes et basses du masséter du même coté. L’ouverture est de 45 mm et les trajets latéraux de 6 mm de chaque coté. Aucun bruit articulaire n’est perceptible. La patiente insiste pour signaler une « crépitation » en particulier à droite. Une écoute et une palpation attentive ne montrent rien. La patiente invitée à mieux décrire les « crépitations » signale en fait des bruits aériens dans la région pharyngienne remontant vers l’articulation et l’oreille, ces bruits étant provoqués selon elle, lors du déplacement de la mandibule venant heurter les incisives maxillaires. Ces bruits, permanents, sont aussi directement reliés à la sensation d’oreilles bouchées ; et c’est l’incompréhension de ces phénomènes, jamais retrouvés par ses interlocuteurs, qui l’inquiètent tant et minent la vie du couple.

L’observation de l’appareil manducateur pendant nos examens montre une parafonction de la langue, toujours en mouvement, qui conduit la mandibule dans une position discrètement antéro-latérale qui met en contact les incisives maxillaires et mandibulaires du coté gauche. En demandant à la patiente de reproduire plusieurs fois cette parafonction elle nous signale qu’elle déclenche les « crépitations ». Nous imaginons alors que ces bruits ne sont peut-être provoqués par l’air qui circulerait sous contrainte  dans la trompe d’eustache et nous pratiquons la manœuvre de Valsalva. Lors de l’interruption de la manœuvre la patiente nous signale que les oreilles sont débouchées. Mais, surveillant le retour de la parafonction linguale, nous observons que la patiente nous signale simultanément le retour de l’oreille bouchée et en même temps les contacts inter-incisifs. Nous renouvelons l’expérience et obtenons le même résultat. La patiente semble très soulagée de voir qu’une liaison « mécanique » peut être établie entre ses « crépitations » et ses contacts dentaires.

Nous examinons alors l’occlusion et en particulier les contacts en RC. Un décalage existe entre ORC et OIM.

Nous posons l’hypothèse diagnostique que ce décalage interdit le centrage et le calage mandibulaire. La patiente, dans les conditions de stress qui sont les siennes, recherche une certaine stabilité occlusale qui la conduit vers le contact inter-incisif. L’effort mandibulaire qui en découle impliquerait la langue qui se lancerait dans une activité parafonctionnelle (qui pourrait aussi concerner les muscles de la trompe d’eustache) et, forçant la circulation de l’air, produirait des « crépitations » et la sensation d’oreille bouchée.

Avez vous rencontré des cas cliniques qui pourraient se rapprocher de celui ci?

Pensez vous qu’une gouttière de stabilisation permettrait de détendre les muscles masticateurs et la langue?

Est-il raisonnable d’en attendre une atténuation de la parafonction linguale et des crispations supposées des muscles de la trompe d’eustache, et donc des « crépitations » et autres contacts antérieurs perturbants?